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Collecte
au Tanganyika
Un point de vue économique

Par Eric Genevelle et Mikael Karlsson d'African Diving
(janvier 1999)
Il y a peu, je m'interrogeais sur le fait que
l'on ne trouvait que rarement des espèces du genre Xenotilapia dans le commerce en
provenance directe du Lac Tanganyika. Ces poissons sont splendides et la demande est forte
de la part des cichlidophiles. Il est vrai que l'on rencontre parfois des individus
reproduits en captivité (principalement en provenance d'Allemagne, mais c'est chose
relativement rare.
S'il est difficile de trouver certaines
espèces de ce genre, c'est pratiquement impossible lorsque l'on parle de Xenotilapia sp.
Sunflower ou Xenotilapia papilio (par hasard les plus belles référencées à ce jour).
Il me fallait donc enquêter sur ce phénomène.
Ad Konings fut le premier interrogé sur la
question. Ce dernier me précisa que Xenotilapia papilio est uniquement présent sur les
côtes du Congo et qu'à l'heure actuelle, aucun collecteur ne se risque sur place en
raison des conflits (la dernière station présente à Kalemie a du fermer en 1998). Il
m'informa ensuite de la réelle rareté du sp. Sunflower comparativement au papilio qui
reste assez commun dans le lac et accessible à partir des côtes de Tanzanie. Pour finir,
restait le problème de la fragilité évidente de ces poissons au transport.
Pour en savoir plus, il me restait
d'enquêter auprès d'un collecteur. Ce fut chose faite dans les jours qui suivirent
grâce à l'amabilité de Mikael Karlsson, responsable de la station de collecte African
Diving basée à Dar es Salaam en Tanzanie. Son opinion sur la question est très
intéressante et nous permet d'en connaître un peu plus sur ce métier qui nous fascine
tous. Je lui laisse donc la parole.
"Lorsque
l'on parle d'individus sauvages, toutes les espèces du genre Xenotilapia, et en
particulier Xenotilapia papilio, sont extrêmement délicates à travailler. Elles sont de
plus très rares dans leur habitat naturel (X. papilio). La plupart des collecteurs
actuellement en activité ainsi que ceux qui nous ont précédés doivent se concentrer
sur la collecte de poissons qui sont assez faciles à collecter et à conserver. D'un
point de vue financier, les espèces du genre Xenotilapia ne sont PAS des espèces avec
lesquelles il est possible de gagner de l'argent. La plupart des spécimens collectés
mourrant avant d'arriver dans les bacs des cichlidophiles.
En ce qui concerne les Xenotilapia papilio en
particulier, ces derniers sont très délicats, ils vivent à des profondeurs relativement
importantes et sont rares au sein de leur habitat de prédilection. En résumé, si vous
ne pouvez en tirer un bon prix, il est préférable de ne pas les collecter.
La nature semble avoir créé ces poissons
pour être une nourriture facile pour les prédateurs (visible dans la vidéo de Marc
Deeble "A little fish In deep water). Presque toutes les espèces du genre
Xenotilapia et les espèces similaires meurent instantanément dès qu'ils sont attrapés
par les prédateurs. Il est ainsi extrêmement difficile de les capturer vivant (bien
évidemment, ceci n'est vrai que pour les spécimens sauvages, non pas pour les individus
gavés en aquarium). |
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Au contraire, les poissons robustes qui sont en abondance dans le lac rapportent
plus pour un effort de collecte identique. Les poissons que vous pouvez collecter
aisément en grande quantité sont principalement des Tropheus.
Les espèces du genre Tropheus
sont la base de l'aquariophile relative au Tanganyika, non seulement pour les
cichlidophiles, mais aussi pour les collecteurs.
En réalité, si ces poissons n'étaient pas si
abondant dans le lac, il n'y aurait aucun business sur le Tanganyika et donc aucun
cichlidé du lac dans les bacs des cichlidophiles.
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De plus, les cichlidés reproduits en
captivité entrent en concurrence avec les individus sauvages. Si ce n'était pas le cas,
les collecteurs seraient capable de collecter et de travailler avec n'importe quel poisson
et le prix serait fixé en accord avec la délicatesse et l'abondance du poisson
collecté. |
Ajourd'hui, la
cote du marché concernant les poissons sauvages est trop basse. Le prix au départ du lac
pour un délicat Xenotilapia est approximativement la même que pour un Tropheus. Aussi,
au lieu de collecter 1000 Xenotilapia et en avoir 500 de morts à l'arrivée, vous êtes
commercialement forcé de collecter 1000 Tropheus (et aucun ne mourra).Seuls quelques
collecteurs amoureux des poissons (comme African Diving) font quelques opérations
financièrement stupides pour collecter des Xenotilapia, Cyathopharynx, Cyprichromis,
etc. en grande quantité. Mais cela ne pourra jamais représenter l'essentiel de nos
exportations. |
Si les cichlidophiles acceptaient de payer un
prix élevé pour des espèces du genre Xenotilapia, la situation serait bien sur
différente."
Note complémentaire (par Heinz Büescher)
En effet, le Xenotilapia papilio est une
espèce extrêmement fragile à manipuler. Bien que vous pouvez trouver cette dernière à
une zone de 3 mètres de profondeur (au moins pour les 3 formes que j'ai pu trouver sur la
côte Congolaise), ils ne vivent jamais en groupe mais principalement en couples
dispersés dans un habitat haut en relief. Capturer ces poissons prend beaucoup de temps
car ces derniers s'enfuient en faisant des zigzag comme des lapins de garenne. Les
papilio sont très sensibles aux phénomènes de décompression dès la profondeur de 5 ou
6 mètres ! Mais si vous respectez les paliers, la perte est proche de zéro. Ces animaux
ainsi bien acclimatés sont en réalité très résistants en aquarium. Cependant, de
rapides mouvements d'épuisette peuvent être trop stressants, entraînant un choc, puis la
mort. C'est pourquoi je préfère les capturer de nuit.
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