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A-Taxon-Racourcix Ah,
les mystères de la taxinomie… Un vrai dédale… Non
que je sois en proie de me lancer dans une révision de quelques genres obscurs,
mais à force de me confronter à cette mode visant à dire que tel taxon est ou
n’est pas junior-synonyme de tel autre, j’ai fini par me pencher
(sommairement) sur la question. Ca
aurait pu en rester là et garder tout ça pour moi, si je ne recevais régulièrement
des appels au secours pour me demander le taxon exact de tel ou tel poisson ou
pour entendre les plaintes maladives de tel ou tel aquariophile quand il apprend
que le taxon qu’il avait enfin assimilé, était aujourd’hui jeté aux
oubliettes (n’est ce pas Totof !) A
l’origine, tout me paraissait simple, les taxa (pluriel de taxon - merci P.) immuables, ces derniers étant
l’affaire de scientifiques intouchables. Mais quand vous lisez deux
publications datées de moins de six mois d’intervalle qui vous livrent en pâture
deux taxa différents pour un même poisson, vous comprenez ma douleur. Et
pour commencer, savez-vous ce qu’est un taxon ?
Et
puisque l’on est en train de parler des taxa, il est intéressant de faire
un bref rappel sur les « sp. » et « aff. »
Pour
terminer, lorsque l’on désire préciser la race d’une espèce, on colle
derrière le taxon le site de collecte sans le mettre en italique. Il est
inutile de mettre des guillemets car le fait que le mot ne soit pas en italique
signifie que ce n’est pas le taxon. Exemples : Paratilapia
frontosa Boulenger, 1906 Il
y a encore tout un tas de règles qui décident des règles d’accord et des règles
de latinisation quand le nom d’un genre ou d’une espèce provient d’un nom
propre, mais de peur de vous lasser, je ne m’étendrai pas, car ce n’est pas
le sujet de l’article. Jusque là, tout est simple. C’est maintenant que ça risque de se compliquer. Cela se corse quand on essaie de savoir pourquoi un scientifique décide que tel ou tel poisson est une nouvelle espèce. On
pourrait se fier aux dernières définitions du mot ‘’Espèce’’ comme
celle de Mayr « une espèce biologique est constituée par des
groupes de populations naturelles qui s'entrecroisent et sont reproductivement
isolées de tels autres groupes », mais on se rend vite compte que même
si cette définition est indiscutable, elle peut difficilement servir
d’arbitrage entre les litiges qui, nous le verrons bientôt, sont fréquents. A
l’époque des premiers Ichthyologues du lac Tanganyika (Boulenger et consorts),
les descriptions étaient sommaires et tenaient parfois en une dizaine de lignes .
Elles faisaient rarement référence à la colorations des poissons, quasiment
jamais à leur écologie ou comportement et bien souvent, ne se basaient que sur
l’étude d’un ou de deux spécimens (parfois juvéniles). On a ainsi décrit
près de 50% des espèces connues à ce jour. Aujourd’hui,
les méthodes ne sont plus les mêmes d’où d’évidents problèmes quand il
s’agit de comparer les résultats obtenus. Ce travail est d’autant plus délicat
quand on s’aperçoit que les bases des mesures ont changées. Par exemple, on
mesurait au début du siècle le diamètre externe de l’œil, et
aujourd’hui, c’est le diamètre interne (exemple bidon, mais loin d'être
impossible). Ressortir les types (spécimens qui
ont servi à la description de l’espèce) du formol après une centaine
d’années et les comparer avec du matériel frai revient à comparer une momie
avec votre épouse (délicat, vous en conviendrez). Mais bref, c’est leur
boulot ! Cela a cependant conduit à de grandes incertitudes. Par exemple,
on n’arrivera jamais à statuer à 100% si Lamprologus meleagris Büscher,
1991 est junior synonyme de Lamprologus stappersii Pellegrin, 1927. Pour
ce cas précis, le doute est d’autant plus grand que le stappersii a été
décrit à partir d’un spécimen collecté dans une rivière ! Mais il ne
faut pas prendre cette information à la lettre car de nombreux collecteurs de
l’époque (même Pierre Brichard qui est plus récent) indiquaient comme lieu
de collecte le lieu de leur campement de base (parfois situé à plusieurs
dizaines de kilomètres du lieu réel de capture. On trouve même certains lieux
de collecte des types référencés sous la localité « Lac Tanganyika »
(exemple : Callochromis melanogostigma (Boulenger, 1906)). Avec ça,
bonne chance ! Revenons
à nos chères descriptions. Je venais de dire (pour ceux comme Totof qui sont
largués ou dégoûtés) que près de 50% des descriptions sont succinctes et
basées uniquement sur quelques caractères morphologiques externes (nb d’écailles
et de rayons épineux sur les nageoires, forme générale, type de dentition,
etc.). Mais
depuis quelques décennies, on s’est aperçu de plusieurs choses :
Les
techniques ont elles aussi évoluées. Elles nous permettent de découvrir de
nouveaux éléments pouvant servir de caractères de différenciation entre espèces
(morphologie interne, patrimoine génétique, etc.). L’avènement de la plongée
sous-marine et l’étude de l’écologie des espèces a aussi ouvert de
nouveaux horizons. Chaque
scientifique ou auteur a maintenant une multitude de critères lui permettant de
dire que tel poisson est une nouvelle espèce. Mais le problème reste que si un
de ces caractères est valable dans un cas, il peut ne pas l’être pour un
autre. De plus, chaque scientifique a sa propre manière de voir les choses. Tel
caractère ou clé de différenciation est valable l’un et pas pour l’autre. La
meilleure façon de s’assurer que deux poissons presque similaires
appartiennent à deux espèces distinctes est de pouvoir les observer
sympatriquement au sein d’une même zone. Dans le cas contraire, on peut
toujours argumenter que nous avons à faire à deux variétés chromatiques ou
morphologiques distinctes. Ainsi, le fait de ne pas trouver deux formes différentes
de Cyphotilapia frontosa à un même endroit est un élément nous
indiquant que toutes les formes connues appartiennent à la même espèce (ce
qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas des sous-espèces). Mais tout
n’est pas si simple. Que penser ainsi de deux formes chromatiques d’un
poisson qui sont séparées par une barrière naturelle (une rivière par
exemple). Chez les Tropheus, on afirme dans ce cas qu’il s’agit de races géographiques
puisque la morphologie est la même et que seul le patron de coloration change.
Mais alors, pourquoi avoir décrit Lamprologus laporagramma Roger Bill's
& T. Ribbink, 1997 ? Morphologiquement, ce poisson est à 100%
identique au Lamprologus signatus Poll, 1952. La seule différence réside
dans l’intensité des barres verticales. Mélanie Stiassny soutiens les
auteurs de cette description contrairement à Konings.
Depuis
que l’on s’est aperçu que les caractères morphologiques chez une espèce
n’étaient pas immuables (forme des dents par exemple), on a envisagé que
certaines espèces divergeant uniquement par un de ces critères pouvaient être
en fait des races distinctes d’une seule et même espèce. Konings entrevoie
ainsi la possibilité que Lamprologus speciosus Büscher, 1991 soit
synonyme de Lamprologus wauthioni Poll, 1949. Entre ces deux espèces, il
n’y a que la forme des nageoires ventrales qui varie. La différence entre
Xenotilapia sima et Xenotilapia boulengeri est aussi très faible (taille des
yeux et hauteur du pédoncule caudal) et ne remporte pas l’adhésion de toute
la communauté. Les
exemples ne manquent pas dans ce domaine et on se demande en fin de compte qui
croire. Doit-on
se fier aux écrits de nos ancêtres qui s’ils étaient certes incomplets, étaient
très proche de la vérité ? Oui et non, je m’explique. Le travail de
description de ces scientifiques est gigantesque et si il y a 50 ans ils ont
compté 50 écailles sur un poisson, c’est qu’il y en avait 50. On ne doit
donc pas tout remettre en cause. Juste qu’il est nécessaire de prendre des
gants quand on lit les sites de collecte et les patrons de coloration. Doit-on
porter crédit à tout ce qu’écrit Ad. Konings dans ses ouvrages ?
Certes non. Ad, avec tout le respect que je lui dois, n’est pas un
scientifique et ses déductions taxinomiques sont trop souvent établies sans la
rigueur scientifique que nécessiterait de tels sujets. D’un autre côté, son
côté désintéressé (son job n’est pas de décrire des espèces) est un
atout indéniable et sa longue expérience dans le domaine lui apporte un recul
que peu d’entre nous (et même parmi les scientifiques) peuvent se vanter
d’avoir. Que
penser des scientifiques indépendants comme Heinz Büscher ? Du bien car
en plus d’être passionnés, ils s’imposent une rigueur scientifique qui
nous épate. Ce qui est triste dans leur cas, c’est qu’ils n’ont pas ce côté
journaliste comme Konings et qu’à part quelques articles dans la DATZ, on
n’est pas au courant de leurs travaux. Et
la bande de scientifiques qui nous pond régulièrement des articles imbitables.
Qu’est ce que ça vaut ? Ce qui est sûr, c’est qu’il a fallu un sacré
paquet de pognon pour financer tout ça. Pour le reste, leurs travaux sont très
intéressants mais à mon goût un peu trop catégoriques. Ils ont tendance à généraliser
un comportement à partir d’une seule observation (je caricature !).
Seul
un libre arbitrage ou un site web sérieux peut transmettre à la communauté
les différents sons de cloche en matière de taxinomie. Mais ça ne règle pas
le problème car en aucun cas notre petite bande pourrait trancher entre toutes
ces parties. Dans
cette petite jungle, c’est souvent le dernier qui a écrit qui a raison
(c’est un peu vrai partout) et le temps qu’un autre écrit vienne démentir
le précédent, des générations de poissons passent et des conneries ont
largement le temps de se graver dans la tête de pauvres gens comme nous en quête
de vérité. Le
téléphone arabe a aussi ses méfaits. Par exemple, en 1997, Mélanie Stiassny
a fait un travail PRELIMINAIRE à la révision des Lamprologini. Un énorme
boulot mais qui reste inachevé et basé uniquement sur des caractères
morphologiques. Dans sa parution, l’aspect provisoire de cette révision est
très clairement explicité. Un an plus tard, Ad. Konings sort son dernier
volume sur le Tanganyika et y intègre les travaux de Stiassny. Le problème,
c’est que le côté provisoire de cette révision n’y apparaît pas aussi
clairement. 50 cichlidophiles dans le monde ont peut être lu la publication de
Stiassny. Combien ont lu le livre d’Ad ? Voilà le problème. Mais on
n’y peut rien, c’est comme ça. C’est pour cette raison que Philippe
Burnel a remis tous les Lamprologus sous le nom Neolamprologus (hors
Altolamprologus, Variabilichromis, Lepidiolamprologus sensu Stiassny), ce qui n’est
pas faux. C’est juste un pas en arrière. De mon côté, je mets (comme
Konings) « Lamprologus ». Ce n’est pas faux non plus, en attendant
mieux. Le problème est que d’ici peu, il va y avoir un paquet d’articles où
les auteurs vont oublier de mettre les guillemets. Et là, ce sera tout faux.
Pour
terminer, et avant que de vous citer bêtement tous les sujets taxinomiques
relatifs au cichlidés du lac Tanganyika qui sont ou qui vont être soumis à
une prochaine controverse, je tiens à vous rassurer : Au
Malawi et Victoria, c’est pire ! Je
n’arrête pas de dire que la pondeurs de taxa se tirent dans les pattes.
C’est faux. Pour en avoir parlé à Ad. et à Heinz, je peux vous assurer que
tous s’estiment au plus haut point mais que parce qu’ils sont passionnés,
ils défendent leurs positions respectives. Ce qui est tout à leur honneur. Et
de toute manière, plus il y aura des avis divergents, plus on trouvera des réponses
rapidement. Et
maintenant, comme promis, la liste des quelques embrouilles actuelles et à venir :
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Tanganyika Cichlids |