Du Rififi chez les Julidochromis
Taxonomie

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Eric Genevelle (avril 1999)

Ce n’est pas la première fois que je vous parle des Julidochromis dans le site Web de Tanganyika Cichlids. Un premier article avait présenté les différentes espèces et races géographiques (certes incomplet), un autre, écrit par C. Riondy sur la reproduction du Julidochromis regani "Kipili" et un autre qui vous donnait quelques pistes pour identifier ces espèces en fonction de quelques critères anatomiques et chromatiques. En effet, si j’ai écrit ce dernier article, c’était aussi pour m’aider dans l’attribution de taxon chez ces espèces (c’est marrant comme pour certains genres on doute toujours).

La lecture du dernier ouvrage d’Ad. Konings m’apporta une lumière qui me faisait défaut et pour finir, rajoutait à la confusion initiale.

Pour bien comprendre, imaginez qu’il n’y ait en réalité pas 5 espèces de Julidochromis (J. dickfeldi, J. regani, J. ornatus, J. transcriptus, J. marlieri) mais uniquement 3 espèces (J. dickfeldi, J. regani et J. ornatus) si l’on respecte les règles d’antériorités taxinomiques. Bonjours la panique !!!
C’est pourtant une théorie qui pourrait tenir la route (bien que non entérinée à ce jour).

Comment en arriver à cette hypothétique conclusion ?

Ad. est parti d’observations sous-lacustres en notant que sauf en de rares endroits, on ne trouve jamais deux espèces de julidochromis à un même endroit. Dans tous les cas, on n’a jamais observé au sein d’une même localité un Julidochromis regani et un Julidochromis marlieri ensembles, ainsi qu’un J. transcriptus et J. ornatus.

Les rares endroits où des espèces de Julidochromis sont rencontrés dans une même zone (comme à Kachese) ne mélangent jamais les « complexes » regani / marlieri ou transcriptus / ornatus, mais mélangent les complexes Ornatus et marlieri.

On observe aussi que ces espèces présentent des variations chromatiques très importantes en fonction de leur lieu de collecte. Ainsi, le Julidochromis regani situé dans le Sud Tanzanien ne présente que deux bandes longitudinales à l’image du J. regani de Kipili, contrairement aux autres races qui en présentent 3. Chez d’autres espèces comme chez J. transcriptus, les barres verticales sont plus ou moins marquées. Ce fond de coloration diffère aussi considérablement au sein d’une même espèce d’un même endroit en fonction de la profondeur où le poisson est collecté (observation confirmée en de nombreuses occasions par Pierre Brichard). Plus il vit profondément, plus le poisson est sombre et plus il vit près de la surface ou à proximité des zones sableuses, plus son patron semble clair.

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Julidochromis regani "Kipili"
Photo Ad. Konings / Cichlid Press

A partir de là, il devient de plus en plus difficile de se faire une idée objective sur l’appartenance d’un julidochromis à telle ou telle espèce et si on se laisse aller à accorder à chaque race géographique un taxon précédé du préfixe Sp., on ne s’en sort plus.

Ad. Konings nous propose une façon de différencier ces différents complexes à partir de critères qui ne semblent pas varier d’une population géographique à l’autre :

Un julidochromis qui présente des marques sombres sur les joues est soit un J. marlieri, soit un J. regani.

Un julidochromis qui ne présente pas ces marques est soit un J. ornatus, soit un J. transcriptus

Le Julidochromis dickfeldi est facilement différenciée de ces dernières, aussi, on l’écartera du sujet pour la suite de la discussion.

On en déduit donc que le fameux Julidochromis Sp. Gombi, trouvé près de Katoto en Zambie, généralement associé au Julidochromis transcriptus, serait en réalité une race géographique de Julidochromis regani ! Même constat pour le Julidochromis « Blotched » de Mpulungu.

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Julidochromis marlieri "Gombi"

Cette possible synonymie entre J. regani et J. marlieri serait aussi justifiée par le fait que chez ces deux espèces, la taille de la femelle est supérieure à celle du mâle (alors que ce constat est inverse chez les autres espèces du genre. La fréquence et le mode de ponte sont aussi similaires...

Ad. ne va pas cependant jusqu'à affirmer que le J. marlieri est un synonyme de J. regani, ce serait, nous l’accordons aller un peu vite en besogne. Pour l’instant, il utilise donc la notion de bande horizontale pour distinguer ces deux espèces : Un J. regani a des bandes horizontales continues alors que chez le marlieri elles sont entrecoupées de barres verticales.

Reste que si un jour l’un d’entre nous pouvait trouver dans une même zone ces espèces vivant de manière sympatriques, ça nous aiderait dans notre tâche.

Bibliographie (et pour en savoir plus): Tanganyika Cichlids in their natural habitat. Ad. Konings / Cichlid Press 1998

 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle