Dossier Tropheus

"Reproduction"

Eric Genevelle (1996)

Introduction / Processus de ponte / Observations / Les Hybrides

Introduction

La reproduction de ces poissons survient généralement après quelques mois d’une maintenance idéale. Le mâle, contrairement à beaucoup d’autres espèces de poissons, décide lui seul du choix du couple et de son accouplement. En effet, bien que le Tropheus soit un incubateur buccal de type maternel, il n’existe pratiquement pas de dimorphisme sexuel. Les femelles n’ont pas à choisir un mâle disponible, c’est plutôt le mâle qui choisi la femelle. Le genre Tropheus se présente ainsi comme un des rares genres à incubation buccale de type maternel à attirer l’autre sexe par une méthode gestuelle et non pas par les couleurs. Ce phénomène n’était connu que chez les cichlidés très attachés à la notion de couple et ne pouvant se dissocier des autres partenaires. La proximité immédiate établie entre les différents poissons d’un groupe de Tropheus permet l’établissement de ce mode d’incubation sans nécessiter l’établissement de couples. Dans cet ordre d’idée, ils sont plus avancés que les cichlidés associés au genre des cichlidés-gobies. Tropheus peut se situer à mi chemin entre l’incubation buccale de type bi-parentale des cichlidés-gobies et l’incubation buccale de type maternel du genre Ophthalmotilapia au dimorphisme sexuel apparent.

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Femelle Tropheus sp Kaiser "Ikola" en incubation

Processus de ponte

La phase de reproduction se déroule en différentes étapes:

  1. Le mâle attire la femelle au sein de son territoire en faisant trembler tout son corps. Il garde la tête droite et si la femelle désire accéder aux espérances du mâle, elle répond à ce dernier par une gestuelle identique.

  2. C’est alors que le mâle se dirige lentement vers une pierre plate légèrement inclinée sur laquelle il s’incline en poursuivant cette incessante vibration. On a parfois observé, principalement en aquarium, cette phase de reproduction sur le fond sableux. La femelle se décide alors à toucher avec sa bouche la nageoire anale du mâle. Les deux poissons entament alors une série de petits cercles réguliers.

  3. Le mâle reste à proximité immédiate de la femelle (voire la stimule en lui titillant son oviducte lorsque la femelle pond ses oeufs. Pour ce faire, elle continue de trembler comme si cela pouvait l’aider à expulser un par un les quelques oeufs de sa production.

  4. C’est maintenant au tour du mâle de toucher l’anale de la femelle avec sa bouche pour stimuler sa compagne.

  5. La femelle se retourne enfin pour prendre ses oeufs en bouche en basculant son corps en arrière.

  6. Le mâle revient alors sur le site de ponte et se couche sur le flanc pour lâcher sa semence pendant que la femelle essaie de prendre en bouche sa nageoire anale. Ces différentes phases sont reconduites jusqu’à l’expulsion du dernier oeuf.

Observations

La nature est bien faite... ou la nature fait que les poissons apprennent bien les choses... Il reste que la croissance des juvéniles est en effet favorisée par ces faibles profondeurs

  1. La nourriture y est plus abondante que dans la zone des 3 à 6 mètres et la concurrence, moins présente.
  2. L’oxygène y est plus présent.
  3. Les poissons prédateurs ne s’y aventurent pas ou peu.
  4. L’eau y est plus chaude de quelques degrés d’où une meilleure résorption du sac vitellin

La ponte terminée, la femelle va se réfugier entre les roches pour incuber son frai pendant une période allant de 4 à 8 semaines en fonction de la température. Pendant cette période délicate, la femelle continue de se nourrir et il est probable que les alevins en fassent de même avant de sortir de la cavité buccale de la mère. Le mâle harcèle néanmoins constamment la femelle quitte à lui faire cracher les oeufs par un stress trop pressant. Au terme de cette période d’incubation, la femelle cherche un endroit discret pour lâcher sa progéniture. Dans le milieu naturel, cette phase se déroule dans les eaux superficielles du biotope, au milieu de petits galets facilitant le camouflage et la protection des juvéniles.

Après avoir lâché ses alevins, la femelle reste à proximité de ces derniers pour les reprendre en bouche au moindre danger, et ce, pendant quelques jours (ce comportement diffère en fonction de la quiétude de la mère et du biotope). Les alevins sont alors capables de se nourrir comme les parents, et atteindront rapidement une taille de 4 cm en l’espace de 4 mois. Cette croissance est favorisée si l’espace disponible est important et si vous leur donnez de petites rations de Cyclopes. Un peu de sels les aidera à passer le cap fatidique des 4 cm si souvent déploré par les amateurs de ce poisson (cette faiblesse est peut-être une légende rapportée par quelques sirènes, cela restera donc une légende, pour certains).

Une même femelle peut se reproduire environ tous les deux mois, à condition de ne pas bouleverser le décor de votre bac.

Les Hybrides

Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet car ce dernier est mal connu par les amateurs que nous sommes et rendu encore plus complexe par la structure du genre Tropheus.

De manière générale, on admet que deux poissons de genres différents ne peuvent se reproduire, par exemple un Tropheus et un Neolamprologus. On a cependant déjà observé une reproduction entre un Aulonocara et un Pseudotropheus ! Un seul alevin est né de cette idylle et il était donc impossible de savoir si la portée était fertile.

On pensait a priori que les hybrides n’étaient possibles qu’entre les poissons d’une même espèce, par exemple entre deux Tropheus Moorii. Des constats faits en aquarium semblent nous démontrer le contraire lorsqu'un individu isolé d’une espèce X était confronté à une population d’une espèce Y. Les hybrides semblent être moins fréquents lorsque les populations des espèces X et Y sont relativement homogènes en nombre d’individus. Il est possible qu’un poisson de l’espèce X, ne trouvant pas son partenaire sexuel dans un espace clos, cherche à s’accoupler avec un individu Y soit pour se libérer sexuellement, soit pour libérer ses oeufs. Dans ce dernier cas, c‘est la femelle qui prend l’initiative de la pariade de reproduction.

 A ce jour, on m’a rapporté plusieurs cas d’hybridation dans le genre Tropheus:

Tropheus duboisi & Tropheus annectens (descendance fertile).

Tropheus moorii & Tropheus sp Kaiser Ikola

Tropheus sp Black Bemba & Tropheus moorii

Il est très difficile de savoir si les descendances de ces couples sont fertiles les générations suivantes car je ne connais personne qui se soit amusé à ce petit jeu qui serait riche d’enseignements (à condition de ne pas mettre ces poissons sur le marché).

Ces hybrides sont-ils la rançon d’un déséquilibre généré par la maintenance en captivité ? Tout semblerait le confirmer si on regarde ce qui se passe dans le milieu naturel. En effet, dans plusieurs endroits du lac, on remarque des espèces différentes de Tropheus qui vivent de manière sympatrique. Dans ces zones bien précises, les adultes des différentes espèces vivent à quelques mètres de distance et on rencontre souvent les alevins et les juvéniles dans un même espace. Au sein de ces zones de transition, on ne remarque pas de poissons ayant l’apparence d’hybrides potentiels. Il est possible que ces derniers existent, mais rien ne peut nous le confirmer ni l’infirmer. Il est encore envisageable que ces hybrides ne développent pas de caractères anatomiques ou chromatiques distincts des espèces mères et que ces ‘ratés’ dégénèrent rapidement. La théorie de spéciation des cichlidés du lac Tanganyika se base principalement sur l’émergence ou la disparition d’une variété au profit ou au déprimant d’une autre, mais rarement sur la création de nouvelles souches issues d’hybridations naturelles. Si tel était le cas, on trouverait de nouvelles espèces de Tropheus au niveau des jonctions des populations présentes.

Pour conclure ce paragraphe lié aux hybrides, je vous conseille de laisser à Mère Nature le soin de créer de nouvelles espèces de Tropheus, ou alors, juste à titre d’expérimentation, limitez-vous aux Drosophiles ou aux plans de Fraisiers...

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle