Ophthalmotilapia ventralis


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O. ventralis Kapere
Photo African Diving

Eric Genevelle (mai 1999)

Le beau poisson que voilà ! Et aucun article sur cette espèce au sein de votre site web favori !!! Rassurez-vous, c'est maintenant chose faite.

Systématique

Le genre Ophthalmotilapia a été décrit en 1903 par Pellegrin. Il y cohabitait des espèces aussi variées que les actuels Cyathopharynx foai ou Lestradea stappersii. Peu avant, Boulenger, en 1898 avait décrit l'espèce ventralis et l'avait placé dans le genre Paratilapia, aujourd'hui complètement révisé puisqu'il hébergeait à l'époque des espèces aussi disparates que notre ventralis et l'actuel Cyphotilapia frontosa. En 1956, Poll décrit le genre Ophthalmochromis et y intègre dès 1962 les espèces nasuta, heterodonta. Le boops, décrit en 1901 sous le genre Tilapia, est ensuite intégré dans le genre Ophthalmotilapia. Enfin, en 1991, Liem s'aperçoit de la synonymie entre les genres Ophthalmochromis et Ophthalmotilapia et toute la petite famille rejoint alors le genre Ophthalmotilapia (règle d'antériorité oblige).

Conclusion, le genre Ophthalmotilapia comprend à ce jour quatre espèces décrites, Ophthalmotilapia boops, O. nasuta, O. heterodonta et O. ventralis. Rien ne nous promet qu'à l'avenir les choses restent inchangées car périodiquement, on parle de spliter les nasuta et les ventralis en plusieurs espèces distinctes. Mais rien n'a encore été statué à ce jour (Hanssens, M., J. Snoeks & E. Verheyen. 1999. A morphometric revision of the genus Ophthalmotilapia (Teleostei, Cichlidae) from Lake Tanganyika (East Africa). Zoological Journal of the Linnean Society, 125: 487-512.)

L'O. ventralis se distingue des autres espèces du genre par les points suivants:  

Le ventralis a des dents bicuspides alors que le boops a des dents tricuspides. On a longtemps débattu sur ce critère de distinction car on se demandait si la forme des dents du ventralis n'évoluait pas durant la croissance du poisson (chose parfois observée chez d'autres espèces). Cependant, la différence d'habitat de prédilection (le boops vit dans une zone plus profonde) et sa sympatrie avec le ventralis en Tanzanie confirme la distinction de ces deux espèces. Le boops a aussi un plus grand nombre d'écailles sur le pédoncule caudal.

 

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O. boops Nkondwe Island
Photo Ad. Konings

L'heterodonta se distingue des autres espèces du genre par sa préférence à l'habitat sablonneux, par sa distribution géographique limitée au Nord du lac et par sa coloration qui ne diffère pas selon sa localité.

 

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O. heterodonta Kigoma
Photo Ad. Konings

Distinguer le ventralis du nasuta est chose aisée, le nasuta portant chez les deux sexes une protubérance nasale et un corps plus haut.

 

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O. nasuta Chimba
Photo Eric Genevelle

Les présentations de la petite famille ainsi faite, attachons nous désormais à notre ventralis (les autres espèces seront traitées dans de futurs articles).

Morphologie

Le mâle atteint une taille totale d'environ 14 cm, les femelles restant 2 à 3 cm plus courtes. Le dimorphisme sexuel est très marqué. Les mâles sont de couleur bleu, jaune ou noirs alors que les femelles restent argentés. Les mâles présentent des nageoires pelviennes ou ventrales très allongées (comme chez toutes les autres espèces du genre) et se terminent par des palettes jaunes, particulièrement visibles lors de la phase de reproduction. Ces palettes jouent un rôle prépondérant dans cet acte, mais nous y reviendrons plus tard. Cette extension des nageoires n'est pas aussi marquée chez les femelles et les palettes y sont absentes. La bouche est terminale et possède deux à trois rangées de dents coniques sur les mâchoires inférieure et supérieure. L'extrémité des rayons mous de la nageoire anale est pointue chez le mâle et arrondie chez la femelle. La longueur de son intestin est d'environ 3 fois la longueur totale du poisson, ce qui nous renseigne sur son régime alimentaire végétarien.

 

Biotope

L'O. ventralis habite la zone supérieure de l'habitat rocheux, à une profondeur variant de 1 à 10 mètres environ, là où les pierres sont libres de sédiments et couverts d'une épaisse couverture végétale, base de son alimentation. Son territoire est de grande dimension et couvre parfois plusieurs mètres carrés. Les femelles n'ont pas de territoire et se déplacent en bac compacts de plusieurs dizaines d'individus. Les mâles immatures ou non déclarés se joignent parfois à ces dernières. Elles se nourrissent principalement de plancton végétal et animal, très présent dans ce type de biotope. Le mâle construit un nid au sommet des roches ou entre ces dernières (le nasuta accumule quelques grains de sable au sommet d'un rocher, ainsi que le boops). Ce nid n'est composé que de quelques grains de sable et il semble que le mâle n'y concentre que peu d'efforts. En aquarium, lorsque aucune pierre convenable n'est disponible, il creuse une petite excavation dans le sable d'environ 15 cm de diamètre sur 1 cm de profondeur. Cette petite zone est débarrassée de tout grain de sable grossier qui pourrait induire la femelle en erreur lors de la récolte de ses œufs.

 

Processus de ponte

Le mâle tente d'attirer la femelle en tournant autour de son nid, à environ 1 mètre au dessus du substrat rocheux. Lorsqu'une femelle répond à son appel, il se dirige ardemment vers son nid en collant ses nageoires ventrales le long de son corps en faisant vibrer toute son anatomie. On dirait alors qu'il perd tout contrôle de lui même tant sa nage pilote est débridée. Il se pare alors de ses plus belles couleurs de fraye, le noir devenant alors très pur et les zones bleutées virant au blanc fluorescent. Un spectacle magnifique. Si la femelle continue de répondre à ce signal, elle se place au centre du nid puis lâche quelques œufs quelle reprend alors en bouche. Le mâle attend alors à proximité du nid et chasse tous les autres poissons qui pourraient gêner le processus. Le mâle rejoint alors la femelle et présente au centre du nid ses palettes jaunes à même le sable. La femelle, leurrée, prend alors ces palettes en bouche, croyant récupérer des œufs (le ressemblance est étonnante). Le mâle en profite alors pour lâcher sa semence qui est alors absorbée par la femelle, d'où fertilisation. Il arrive parfois que la femelle change de nid au cours du processus, son frai étant alors fécondé par plusieurs mâles distincts. La ponte comprend environ une trentaine d'œufs. Les alevins seront relâchés dans les eaux superficielles au bout de 3 semaines d'incubation et viendront grossir les rangs de bancs composés d'alevins d'espèces diverses, mais de taille identique. Des observations faites en aquarium montrent que la femelle continue de se nourrir de petites particules durant la phase d'incubation, certainement pour s'assurer d'une perte énergétique limitée et il n'est pas impossible de penser que les alevins profitent de cette apport alimentaire durant les derniers jours passés sous la protection maternelle.

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Séquence de ponte d'Ophthalmotilapia ventralis Chaitika
Photos Henrik Malchau

En aquarium

Ophthalmotilapia ventralis est une espèce qui, à condition qu'elle soit maintenue en de bonnes conditions, ravie tous les cichlidophiles. Contrairement aux autres cichlidés à palettes comme les Cyathopharynx ou Benthochromis, ils n'hésitent pas à se parer de leur plus belle coloration et ne se laissent pas intimider facilement. Monsieur a du caractère ! Le bac idéal doit faire environ 5000 litres (ben oui, c'est ce qu'ils ont dans le lac !!!) ou plus sérieusement 500 litres et plus pour un trio de départ. Notez que chez moi, mon couple ne se sent pas trop à l'aise dans un 1100 litres, ce volume permettant juste à la femelle de se retirer quand le mâle devient trop amoureux et démonstratif. Le décor doit être composé de gros blocs de roches qui marqueront le territoire du mâle et d'une vaste plage de sable fin. Les plantes ne sont pas nécessaires, sauf pour question d'esthétisme. Ils seront nourris d'aliments frais et de paillettes à dominance végétale. Puis un jour vient où le mâle commence à préparer un nid douillet en vue d'ébats splendides... Dans le bac communautaire, évitez de lui adjoindre des espèces trop virulentes comme des Tropheus, car même si ils vivent ensemble dans le lac, leur promiscuité en aquarium n'aurait pas des résultats satisfaisants.

 

Les races géographiques

Cette espèce est trouvée dans le lac sous de nombreuses races géographiques. Certaines sont trouvées sous le nom de "White Cap", "Orange Cap", Bright Blue" ou autres noms commerciaux. Pour faire la lumière sur ces races, suivez le guide.

Ophthalmotilapia ventralis a une zone de répartition relativement vaste couvrant la presque totalité du lac à l'exception de la zone allant du Nord de Cap Tembwe au Congo à la rivière Malagarazi (Tanzanie) en passant par le Burundi. Si cette zone d'exception vous paraît relativement importante, sachez qu'elle n'est pas définitive, certaines zones, particulièrement au Nord du Congo n'ayant été que peu ou pas explorées. En 1988, Konings pensait que le ventralis était absent du Congo. Comme quoi, tout évolue (notre connaissance plus rapidement que les poissons, encore que...)

Pour faire simple, nous dirons qu'il existe 4 patrons de coloration type chez les ventralis:

Les "White cap": Ils sont de couleur noir anthracite avec des marques blanches plus ou moins marquées sur le corps en fonction de leur localisation.

Les "Bright blue": Ils sont de couleur de base bleue ciel avec des tâches noires irrégulières sur les flancs ou couvrant toute une partie du corps.

Les "Orange Cap": Ils ressemblent au Bright Blue mais possèdent en plus une tâche orangée sur le dessus de la tête (comme le Cyathopharynx furcifer et contrairement au foai. Vous suivez ???)

Les "Yellow" ou "Green": Ils sont de couleur jaunâtre ou verdâtre.

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Les "White Cap"

On a pensé, dont Ad Konings en 1988, que le "White Cap" pouvait être une autre espèce car la bouche des spécimens observés était plus large et plus profonde que chez les autres populations. On semble être revenu sur cette hypothèse, car on n'a jamais pu observer en milieu naturel une quelconque sympatrie entre un "White Cap" et une autre race de l'espèce.

Le "White Cap" est présent dans trois zones de répartition distinctes

Entre Cap tembwe et Tembwe II

Les individus sont noir et présentent tous des marques blanches sur le corps et les nageoires impaires. Ces tâches blanches irrégulières forment généralement une bande diagonale partant du dessus de la tête à la base de la nageoire anale avec extension dans le pédoncule caudal.

 

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O. ventralis M'toto (Congo)
Photo Ad. Konings

A Moliro

On trouve ici une petite population d'individus noirs isolée des "White Cap" du Congo par une vaste population de "Yellow". Les poissons ne présentent pas de marque blanche mais seulement une zone blanchâtre sur les rayons durs de la nageoire dorsale, à l'image du "Yellow". Je la classe ici parmis les "White Cap", mais je reste ouvert à toute autre proposition.

 

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O. ventralis Moliro (Zambie/Congo)
Photo Ad. Konings

Entre Hinde B et la rivière Malagarazi

Cette population est très intéressante car présente une variation chromatique importante. Certains individus sont complètement noirs et d'autres présentent des tâches blanches comme ceux du Congo. Cette présence ou non de tâche ne semble pas liée au hasard mais plutôt comme signe de distinction à usage des femelles lorsque les "White Cap" vivent en compagnie d'une autre espèce du genre, Ophthalmotilapia boops. Je m'explique. Le boops est présent en Tanzanie entre Hinde B et Karema et partage son habitat avec notre ventralis. A Kipili et Nkondwe Island, le boops est noir avec des marques blanches alors qu'aux autres endroits il est entièrement noir. Pour trancher, notre ventralis a décidé d'adopter exactement la situation inverse. A Nkondwe, il est noir et aux autres endroits il montre des tâches blanches. Impossible donc que les femelles soient trompées.

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O. ventralis Mpimbwe
(Notez le peu de marques blanches)
Photo Olivier AFC 0847.27

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O. ventralis Mpimbwe
Photo African Diving

 

Les "Yellow"

Ils sont présents en deux zones distinctes dans la partie Sud du Lac. Entre Lunangwa et Zongwe au Congo et entre Samazi et Kala en Tanzanie. Leur corps est vert jaune et les rayons durs de la nageoire dorsale sont blanchâtres.

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O. ventralis Kala (Tanzanie)
Photo Eric Genevelle
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O. ventralis Kapampa (Congo)
Photo Ad. Konings

 

Les "Bright blue"

La population des "Bright Blue" couvre la totalité de la Zambie sous plusieurs races chromatiques. Ces dernières se différencient par les tâches noires sur le corps.

Ainsi, si on commence par l'Ouest de la zone, à Chimba, le corps est pratiquement entièrement noir et seul le pédoncule caudale, la tête et les nageoires sont bleues. Il en est de même pour la population de Kachese.

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O. ventralis Chimba
Photo Eric Genevelle

Plus au Sud, de Chaitika à Katoto, le poisson est entièrement bleu avec une barre noire derrière la tête.

 

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O. ventralis Chaitika
Photo Henrik Malchau

A Chituta et Isanga, le poisson est entièrement bleu mais présente de toutes petites tâches noires sur les flancs.

 

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O. ventralis Chituta
Photo Ad. Konings

 

Les "Orange Cap"

Cette population est située au Nord de la rivière Kalambo, en Tanzanie, jusqu'à Samazi où elle fait place à la population des "Yellow". Elle ressemble à la population de Chaitika, mais présente en plus une large tâche orangée sur le dessus de la tête. On parle ici des populations de Kalambo, Kapere ou de Kasanga par exemple.

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O. ventralis Kalambo
Photo Ad. Konings

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O. ventralis Kapere
Photo Eric Genevelle

 

 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle