Neolamprologus
furcifer
Par Philippe Burnel & Thierry Pallier (mai 2000) De prime
abord quand un néophyte entend parler de "furcifer",
sa pensée va immédiatement vers Cyathopharynx
furcifer, merveilleux poisson aux couleurs éblouissantes et à la
maintenance passionnante. Neolamprologus
furcifer est nettement moins
connu. Si notre néophyte s'imagine alors, du fait de la similitude des noms,
avoir affaire à un lamprologue particulièrement coloré, il risque d'être
considérablement déçu par l'apparence de ce poisson. Quand, de plus, il saura
que pour son bien-être le poisson applique avec assiduité l'adage "pour
vivre heureux, vivons cachés", notre aquariophile risque d'être alors
bien désappointé. Et
pourtant l'espèce ne manque pas d'intérêt. Certes sa coloration dominante
marron n'a rien de bien enthousiasmant mais les grands yeux d'un beau bleu azur
et cerclés de jaune lui donnent un charme certain, ajoutons des nageoires
pectorales jaunes, une grande queue bifide et, pour les grands mâles, une
importante gibbosité nucale et le tableau sera complet. II faut
dire que les sujets d'importation ont bien souvent un comportement typique de
poisson ayant oublié de gonfler leur vessie natatoire, ils sont collés au fond
et effectuent de temps à autre des "sauts" pour se déplacer. Souvent
maigres on peut croire qu'ils ont déjà pris leur ticket pour le paradis des
Cichlidés. Par contre si vous les voyez collés à une vitre verticale, la tête
en bas, c'est que tout va bien ! L'espèce
occupe dans le lac Tanganyika les zones rocheuses. Son milieu de prédilection
est constitué de grandes failles ou de grottes qu'il hante en solitaire, le
ventre collé au substrat à la manière des Julidochromis. On le rencontre ainsi la tête en bas ou le ventre en l'air. II va de soi que sa maintenance devra tenir compte de ce mode de vie ; des roches placées verticalement dans l'aquarium pourront créer de grandes failles qu'il appréciera particulièrement. Nous
avons eu la chance de faire l'acquisition de cinq sujets sauvages en pleine
forme, chez un commerçant rouennais. Les poissons provenaient d'un grossiste
belge qui les gardait depuis plusieurs semaines, ce qui nous a considérablement
facilité l'acclimatation ! La
"retournette" nous montra qu'il y avait deux mâles et trois femelles.
Les tailles s'échelonnaient globalement entre 7 et 12 cm. L'absence de bosse
chez les mâles (les deux plus gros poissons) nous laissait supposer que la
croissance était loin d'être terminée. Ce qui fut confirmé puisque, un an
plus tard, un des mâles fut mesuré à 17 centimètres (à priori l'autre
semble encore plus grand!). Les poissons se firent très bien à leur nouveau
domaine. Compte tenu de la taille des sujets adultes et de l'agressivité intra-spécifique
il nous semble qu'il ne faut pas leur accorder un volume inférieur à 500
litres, en considérant qu'ils ne seront pas seuls dans ce bac ! Un
couple fut placé dans un bac de 800 litres peuplé de poissons du Tanganyika
qui furent, peu de temps après, remplacés par des M'bunas (!). Cette
cohabitation incongrue ne posa absolument aucun problème, les N.
furcifer ayant en quelques mois atteint une taille respectable (17-18 centimètres
pour le mâle, à peine moins pour la femelle), et étant dotés d'un don pour
la défense du territoire largement consolidé par deux paires de canines bien
saillantes et totalement dissuasives! La
femelle s'octroya rapidement un territoire entre la vitre arrière et une grande
(et lourde !) roche verticale largement pourvue d'anfractuosités; le mâle hésita
longtemps, se déplaçant fréquemment au-dessus du sable parmi ses
colocataires, finalement il occupa un territoire contiguë à celui de sa
compagne, entre une vitre latérale et la roche précitée. Le trio
restant fut placé dans un bac de 3 mètres de long peuplé de Cichlidés divers
du Tanganyika (Cyathopharynx, Paracyprichromis "blue neon", Xenotilapia,
Altolamprologus, Cyprichromis sp. "Jumbo" etc..). Le mâle en domina (très)
rapidement la moitié gauche après quelques bagarres avec les "blue neon"
qui partagent le même type d'habitat dans le bac (parois verticales des
falaises dans le lac). La première femelle opta pour la seconde moitié du bac
tandis que la seconde dut se contenter de l'angle avant gauche. La
reproduction
Comme
souvent chez les pondeurs sur substrat caché la ponte est très discrète. Dans
le trio la femelle élue fut celle de gauche, plus proche du mâle et ne défendant
pas de territoire. La première ponte fut observée alors que la femelle
ventilait, et défendait, une cinquantaine d'œufs verdâtres collés sur une
partie verticale du décor. Toutes les pontes suivantes de cette femelle furent
couronnées de succès alors que la deuxième femelle ne fit que deux
tentatives, non transformées. Les pontes ont lieu dans le territoire du mâle
qui semble avoir cédé cette enclave à sa partenaire, et ceci de façon définitive. Deux
jours après la ponte la femelle déplaça ses œufs dans une anfractuosité
située sur la même pierre. Le lendemain nous attendions avec impatience la
sortie éventuelle de quelques larves, en vain. Un ou deux jours plus tard des
cyclops furent injectés dans la cavité au moyen d'une seringue prolongée d'un
long tuyau. En fait les alevins n'étaient pas là où on les attendait ! Une
trentaine de larves nageaient sous la roche étroitement surveillées par la mère!
Les autres habitants ont alors voulu s'approcher du berceau, attirés par une
curiosité toute légitime, et par l'envie de "fêter" l'événement
par un bon gueuleton. Histoire de maintenir d'amicales relations de bon
voisinage ! Mais la maman des poissons n'est pas bien gentille, sa dentition généreuse
et ses départs canon ont rapidement persuadé les pique-assiette de ne pas y
revenir. La
reproduction du deuxième couple (placé dans le bac de 800 litres avec les
M'bunas) fut encore plus discrète puisque c'est un alevin de 2 à 3 centimètres
qui fut le premier aperçu sous la roche derrière laquelle réside la femelle.
Plus tard d'autres alevins purent être vus, puis une ponte. L'observation est
très difficile car cette femelle pond dans une petite cavité située à l'arrière
de la roche très près de la paroi postérieure du bac, il faut donc immerger
une glace pour voir quelque chose. Les alevins sont surveillés uniquement par
la mère, le mâle, bien que proche, s'en désintéresse totalement, il ne pénètre
d'ailleurs dans le territoire de la femelle que pour la ponte. Les jeunes évoluent
le long de la paroi rocheuse et ne s'en éloignent jamais. Ils sont
surveillés jusqu'à une taille approximative de un centimètre, des petits frères
et sœurs les remplacent alors. II est temps pour eux de prendre leur indépendance
en se faufilant dans les anfractuosités où au milieu des racines d'Anubias qui couvrent largement les roches. Leur comportement n'est
pas sans rappeler celui des jeunes Julidochromis
et nous avons craint de voir nos bacs envahis par toute cette marmaille. En fiat
il semble bien que les grands frères, dotés d'un appétit remarquable,
profitent très largement de la présence de leurs cadets pour augmenter leur
taux de croissance. C'est ce
que nous avons aussi pu observer dans des bacs d'élevage. Convenablement
alimentés, les jeunes grandissent relativement vite (pour des "lampros"!).
II conviendra de veiller à leur fournir un bac assez spacieux, étant donné la
forte agressivité intra-spécifique, l'élevage en compagnie de jeunes poissons
remuants (type M'buna) permet de faire diversion. Nous espérons
que ce modeste article aura donné à quelques uns le goût de découvrir ce
poisson, certes peu coloré, mais au comportement attachant. Bibliographie
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Tanganyika Cichlids |