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Tanganyika Cichlids 1988 "Les
Cichlidés" Préface / Le lac / Les Cichlidés / Un habitat battu par les vagues / Un habitat rocheux dépourvu de sédiment / Un habitat rocheux couvert de sédiment / Le fond rocailleux à faible profondeur / La zone intermédiaire / Les fonds sableux / Les fonds de vase / Les eaux libres Le lac Tanganyika naquit il y a entre 11 et 30 millions dannées de par le remplissage dune fente de la croûte terrestre. Le grand chenal ainsi créé coupe le Paléo-Malagarasi, un important affluent de la rivière du Congo, en créant ainsi deux nouvelles rivières: La rivière Malagarasi et la rivière Lukuga. En raison de ses origines, le lac est presque entièrement entouré par des montagnes et des collines qui contribuent à rapatrier les eaux perdues par les rivières. Nous pouvons considérer les eaux du lac comme pratiquement stagnantes, et quelles mirent du temps à se réchauffer sous laction du soleil. Leau à ainsi la caractéristique dêtre plus chaude que celles des rivières affluentes. Les eaux du Malagarasi charrièrent les poissons dans le lac naissant, il y a de cela des millions dannées. Ces poissons représentent beaucoup des familles de poissons actuellement présentes et le pourcentage de Cichlidé sur le total des espèces ne devait pas être plus important que celui des rivières Africaines. De toute façon, il y a deux millions dannées, les Cichlidés représentaient la faune principale du lac, et les autres familles de poissons étaient en moindre abondance. Ceci peut expliquer le fait que les Cichlidés sont les poissons les plus développés, les plus capables à sadapter à leur nouvel environnement. Trois facteurs les ont aidés à devenir le meilleur exemple dans lhistoire de lévolution. Le premier élément est que tous les Cichlidés sont des poissons deau de mer qui sont devenu poissons deau douce après une première mutation, ce qui veut dire quils sont largement tolérants envers les sels dissous dans leau. Lors de la création du lac, il sest formée une haute concentration en sels créant une barrière pour la faune située dans les rivières. Seuls ces poissons " secondairement deau douce ", ayant pour origine des espèces marines, furent capables de résister à cet environnement hostile. Le second facteur, favorisant la population des Cichlidés dans ce nouveau lac, réside dans leur vessie natatoire. Cette vessie est constituée dune glande spéciale ayant pour spécificité dextraire un maximum doxygène du sang. Lintérêt de cette spécificité est déviter aux alevins de rejoindre la surface pour respirer leur première bouffée dair pour remplir leur vessie natatoire. Dans les eaux immenses du lac, où poussent de hautes plantes rigides, le frai est perdu lorsquil ne se trouve pas sous la protection dune anfractuosité ou dans la bouche de la mère. Lincubation buccale et la protection des progénitures sont le troisième avantage que les Cichlidés ont développé en comparaison des autres espèces. Le pourcentage élevé dalevins restant en vie a permis aux Cichlidés de produire un nombre limité doeufs. Ces oeufs sont protégés des agressions extérieures par un brassage continuel deau fraîche. Il peut être effectué par une ventilation faite par les nageoires ou par la respiration. Ceci est très important car la fraîcheur des eaux apportées par les rivières contribue aux bonnes conditions nécessaires à léclosion des oeufs. De plus, loxygène contenu dans les eaux tièdes et stagnantes du lac pourrait considérablement diminuer en contribuant à la détérioration des oeufs. Le dernier facteur empêche beaucoup despèces de poissons de se reproduire dans le lac. Bien quils puissent vivre dans les estuaires du lac, ils ne peuvent sadapter à la température et à la salinité des eaux (jusquà ce jour). Quand les premiers Cichlidés pénétrèrent dans le lac, leur premier objectif fut la recherche de nourriture. Cette dernière fut principalement constituée dinsectes, de crustacés et dautres invertébrés que les Cichlidés avaient lhabitude de consommer dans les rivières. Au commencement, le lac offrit une immensité dans laquelle la nourriture était abondante. Ceci au point que la nourriture et lespace disponible bouleversèrent les premières adaptations et spécialisations et des nouvelles espèces virent le jour. Par le développement de dents pharyngiennes, spécificité unique dans la faune deau douce, les Cichlidés ont pu sadapter à dautres sources de nourriture. De légères modifications dentaires ont permis à leurs propriétaires de capturer et dabsorber des aliments alors inaccessibles par la plupart des autres poissons. Depuis ces changements dappareil pharyngique, sont apparus dans un temps assez court et en de nombreux endroits du lac, des progénitures de mieux en mieux adaptées à leur environnement. Quand un poisson est capable de se reproduire à partir dune nouvelle source alimentaire, son taux dexpansion de territoire est virtuellement illimité. Ceci veut dire quune nouvelle adaptation despèce peut sétendre très rapidement tant que la compétition pour une source de nourriture est inexistante. Durant cette évolution, les Cichlidés se sont spécialisés de plus en plus, en continuant à explorer de nouvelles ressources alimentaires. Aujourdhui, en raison de cette spécialisation, beaucoup despèces différentes peuvent cohabiter sans pour autant être en compétition alimentaire. Avec les plus petits poissons, qui se nourrissent principalement dinvertébrés, de gros prédateurs arrivèrent dans le lac en formation. Leurs proies étaient constituées par ces nombreux Cichlidés en essor. Pour échapper à ces dangereux prédateurs, les Cichlidés ont eût à trouver refuge dans les rochers ou en se réunissant en banc. De par le nombre despèces de prédateurs et par leur quantité (en raison de labondance des proies), les Cichlidés devinrent timide et restèrent auprès des rochers. Ces rochers ont joué (et jouent toujours) un rôle prépondérant dans la vie de beaucoup de Cichlidés; Ils furent essentiels à leur existence. Loin des rochers, la vie était impossible pour beaucoup dentre eux. Encore aujourdhui les massifs rocheux et les longues côtes rocheuses sont séparées entre eux par des plages sableuses. Seulement en de rares occasions, un Cichlidé inféodé à une côte rocheuse saventurera dans une zone sableuse. Une traversée réussie dune zone sableuse, sans protection rocheuse est presque entièrement impossible. Certain ont cependant réussi. La distance entre deux sites rocheux est inversement proportionnelle aux chances dun Cichlidé du biotope rocheux désirant effectuer la traversée. Cependant cela arrive exceptionnellement. Ce qui peut pousser un Cichlidé à tenter cette aventure peut être son expulsion par la communauté animale. Faute de place le poisson peut chercher un endroit où vivre en dehors de cette communauté. Cest probablement la recherche dun site de ponte qui a permis aux espèces (pour les plus chanceuses) de regarder plus loin que lhorizon de leur biotope. Il est clair que les longues étendues de sable ne furent pas faciles à traverser. Les populations des îles peuvent être séparées des côtes par des failles profondes, en renforçant ainsi leur isolement. Cest la raison pour laquelle les collecteurs se sont intéressés par la faune de ces îles lointaines. Elles contiennent habituellement dautres espèces que celles des côtes avoisinantes. Si nous regardons la distribution des espèces de Cichlidés inféodés au biotope rocheux, nous pouvons noter que plus les côtes sont éloignées, moins grande est la chance dy rencontrer les mêmes espèces. Non seulement les plages sableuses, mais aussi les estuaires ont créé des barrières significatives. Le meilleur exemple est le delta du Malagarasi. Il est difficile dévaluer la situation au début de lévolution du lac, mais on peut imaginer une rapide évolution des niches possibles. Cest alors quune nouvelle spécialisation a du se produire pour sétendre à travers tout le lac, tout en évitant à chacune de ces étapes, lexposition à domniprésents prédateurs. Une nouvelle spécialisation se traduit par une rapide explosion de la densité de population des espèces à la recherche de sites de reproduction. Quand une nouvelle spécialisation (espèces ou sous-espèces) arrive dans un nouveau site, elle recherche immédiatement le meilleur endroit. Après une longue période, la plupart des sites disponibles sont occupés et les nouvelles espèces introduites vont se mettre à la recherche dendroits semblables à leurs biotopes dorigine. Cest pourquoi nous trouvons habituellement les mêmes espèces dans le même type dhabitat et à la même profondeur sur des côtes différentes. Nous appelons cette localisation dune espèce une niche. Elle inclue les ressources alimentaires, le comportement et la place du poisson. Comme sil sagissait dune règle absolue, une niche sur une côte continue peut être occupée par une seule espèce, et une espèce ne peut être présente que dans une seule niche. Ce dernier constat est important quand nous trouvons une même espèce se comportant différemment sur des côtes différentes. Bien que ces espèces se ressemblent, elles ne peuvent être les mêmes. Bien sûr, certains Cichlidés ont la capacité de sadapter différemment à de nouveaux environnements, doù la difficulté à déterminer leurs comportements. De même que les Cichlidés peuvent changer relativement rapidement durant lévolution, il est possible que deux ou plusieurs espèces peuvent occuper une même niche. Elles sont en cours de spécialisation ou déjà rivalisent avec les espèces les moins adaptées. Ce processus est rarement étudié dans la nature car la spéciation prend habituellement des dizaines voire des centaines dannées. Les biologistes travaillant sur lévolution trouvent dans le lac Tanganyika un cas détude pratiquement unique sur des sujets encore en vie. Nous avons expliqué quil est extrêmement difficile pour un Cichlidé inféodé au milieu rocheux de traverser une zone à découvert. Mais ces constats étranges sont contrariés par le fait que nous pouvons constater quil ne suffit que de deux spécimens, mâle et femelle dune population dorigine, pour en constituer une autre dans un endroit différent. Cest ainsi que beaucoup de spécialisations se sont dispersées dans tout le lac. Des barrières ont été capables darrêter une spécialisation, même de nos jours. Durant lévolution, de plus en plus de niches ont été occupées et les Cichlidés se sont de plus en plus spécialisés. Il devient difficile de trouver une niche désertée, et seules les espèces les mieux adaptées survivent à la féroce compétition alimentaire. Cette compétition se poursuit, spécialement dans le Sud du lac, là où la nourriture semble être la plus abondante. Cest aussi lendroit où nous pouvons trouver beaucoup despèces et de membres dune même espèce ensembles. Dans un même ordre didée, nous pouvons nous demander pourquoi beaucoup de Cichlidés vivent longtemps et sainement dans un bac alors que ces derniers natteignent jamais cette taille et cet âge dans le lac. Après avoir observé les Cichlidés dans le lac, je me suis demandé pourquoi les spécimens dune même espèce atteignent tous la même taille, et plus spécialement ceux qui vivent en banc. De plus, ils atteignent cette taille dans un temps plus court que ceux qui vivent en aquarium. Nous ne devons pas oublier que la principale raison poussant à la spécialisation est la compétition pour la nourriture. Nous devons y ajouter la capacité quont les espèces à manger et grandir pour atteindre le standard normal de cette dernière. Certains auteurs pensent que la nourriture dans le lac est en sur-abondance. Ceci implique que le nombre dindividus est uniquement limité par la prédation, mais quest ce qui peut réduire le nombre des prédateurs ? Si tout le frai dun couple de Lamprologus atteint la maturité et est capable de se reproduire après un ans, une énorme quantité dalevins sera issue à la seconde génération. Si nous voulions extrapoler le phénomène pour une durée denviron cent an, les poissons déborderaient du lac. A ce niveau chaque aquariophile doit réaliser quà partir dune reproduction issue dun couple, seuls deux individus devront survivre, et pas trois ou plus. Non seulement les prédateurs, mais aussi labsorption insuffisante de nourriture conduit à la mort de la plupart des poissons. Un autre fait rarement acquis par les amateurs est que la vie dun poisson dans le lac excède rarement trois ans! Certaines espèces sont parfaitement réglées pour atteindre leur taille adulte à lissue de leur deuxième année. Après une période de croissance, une période de reproduction prend la relève. Lénergie utilisée pour la reproduction et pour la recherche de nourriture ne peut être déployée en même temps par un poisson conçu pour sépanouir de façon optimale. Après la saison de reproduction, beaucoup dindividus sont affaibli et disparaissent par la prédation. Dans lenvironnement artificiel que représente laquarium, beaucoup despèces vont atteindre une taille supérieure et vivre de deux à trois fois plus longtemps que leurs compères dans le lac. La couleur des Cichlidés est habituellement déterminée par une coïncidence. Il ny a que deux facteurs importants qui influencent la couleur. Le premier dentre eux est que tout environnement restreint les couleurs brillantes pour des raisons de camouflage. La sélection a favorisé les spécimens dotés de couleurs mélangées. Tous les poissons ayant une couleur attrayante sont supprimés par les prédateurs tout en évitant dadopter la couleur de leur progéniture. Le second facteur est dune nature complètement différente et agit contre la première. Tous les Cichlidés mâles polygames de type incubateurs buccaux ont besoin de se revêtir de couleurs attrayantes pour attirer les bonnes femelles. En principe, la nature de la couleur importe peu. Limportant, cest la différenciation des couleurs du mâle par rapport aux autres espèces, habitant le même habitat sur une même côte. Cette différence doit être aussi significative que possible. Les femelles doivent pouvoir reconnaître le bon mâle à bonne distance. Ceci exclu deux espèces ayant une apparence similaire sur une même côte. Cela sous entend que les hybridations ont poussé à lélimination de certaines espèces. Cest aussi la raison pour laquelle des populations géographiquement proches mais séparées se ressemblent. A chaque fois quun individu dune population rejoint une autre côte, il sera identifié par la population locale et sera incapable de se mélanger aux autres espèces pour la reproduction. Si le spécimen nest pas reconnu, donc assimilé comme conspécifique, cest quil appartient à une autre espèce. Cette situation survient lorsque deux populations similaires sont séparées par des centaines dannées. Durant cette période, les deux populations ont pu développer des couleurs différentes (bien que cela ne soit pas nécessaire) ou ont pu sadapter radicalement et différemment à leur environnement propre. Ces deux populations isolées peuvent avoir une apparence identique, même après une longue période de séparation. Dhabitude, de légères modifications surviennent sous linfluence de lenvironnement qui leur est spécifique. Après une longue période, ces deux populations observeront des différences et seront classées comme des sous-espèces qui seront identifiées par ces dernières. Si la séparation sest effectuée il y a longtemps, les deux espèces ne se reconnaîtront plus du tout: Deux espèces (et pas une) sont ainsi crées. Comme base de définition, on pourrait dire que tous les individus se reconnaissant entre eux, dans des conditions naturelles, appartiendront à une même espèce. Leurs progénitures seront fertiles et occuperont la même niche. En accord avec les constats
mentionnés ci-dessus, il peut être établi que les Cichlidés pratiquant
lincubation buccale ne formant pas de couples, ont potentiellement plus de chance de
créer de nouvelles palettes de couleur que les autres Cichlidés. Dès quune
femelle est plus attirée par un mâle arborant une couleur déviante (par ex. dans une
nouvelle population), une nouvelle variété (chromatique) naît. Le second facteur
déterminant la couleur dun Cichlidé mâle, est son épouse! Un mâle coloré
attire beaucoup de femelles et beaucoup de prédateurs, tout en nomettant pas les
oiseaux au dessus de leurs têtes. Cest ainsi la destinée de beaucoup de mâles
colorés. Les femelles ont ainsi la lourde charge de leur progéniture; La plupart des
mâles étant amenés à disparaître. |
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