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Julidochromis Regani Kipili
Ange ou démon?

Julidochromis Regani Kipili, Poll 1942. Photo: Ad Konings
Christophe Riondy (avril 1999)
Aquariophile depuis 5 ans et internaute
forcené, j'ai par bonheur (malheur dira ma femme!) découvert le site ou vous vous
trouvez il y a un an. Patatra, l'illumination: "Mon Chris, du va faire du
Tanga!". Seul problème, j'habitais Paris et devait déménager sous peu. Il
faut donc patienter... Du coup, je lis, je conçois, je fermente, je bous (vous
connaissez l'ardeur du projet de bac qui vire à l'obsession névrotique). Mais je
déménage encore souvent à cause du boulot, donc il faut encore ajourner la piscine à
cichlidés de mes rêves...
Bonheur absolu, ma future maison, mais si Monsieur, est équipée d'un
bac dans le salon! Le choix du logement fut facilité pour le coup. Il est en mauvais
état, mais son emplacement est pile poil. Je le change donc: 200l, il entre dans
son logement et reste transportable décemment. Mise en route pour des poissons
pétricoles et conchyllicoles.
Et je me mets à la recherche de pensionnaires : N. Leleupi, N. Brevis,
Julis (Transcriptus ou Ornatus), et en pleine eau des Paracyprichromis Nigripinnis (Blue
Neon) qu'il m'a fallu six mois pour trouver! Durant ces recherches, je tombe sur un club
du coin qui a des jeunes Julis splendides de 4/5 cm: des Julidochromis Regani Kipili.
Génial (et pas cher, 10 FRF pièce). J'en prend. L'aventure commence.
Description
Description du genre: Boulenger, 1898.
Première description: Poll, 1942, Revue de
Zoologie et Botanique Africaines.
Rayé noir et jaune, assez gros pour un Juli, ce poisson dégage une
impression de finesse mais aussi de force.
Taille: 10 cm pour le mâle, 12 cm pour la femelle.
Corps: cylindrique allongé, jaune à beige
Bandes longitudinales noires: deux dans la partie supérieure du corps, une sous la
dorsale, une à peine visible sur le ventre (mais plus prononcée sur la tête).
Tête: prolongement des bandes longitudinales noires, bouche
"massive", tour de l'il jaune et bleu, reflet bleu électrique sur les
joues et le museau.
Nageoires: à dominante noires (plus claires à la base), soulignées
d'un liseré bleu ( variable de blanc à bleu électrique, suivant les individus et
surtout l'humeur). Les pelviennes sont uniformément jaunes. Petite tâche noire à la
base de la caudale, elle même très ronde.
Dimorphisme sexuel: la femelle est plus grande et plus massive (surtout
en captivité). En période de frai (qui commence tôt), sa papille génitale est
nettement visible de profil.
Par rapport aux autres Regani: jaune, les bandes sont moins larges, et
le liseré des nageoires plus bleu.
Attention !: hybridation possible avec J. Marlieri et bien sûr avec
les autres Regani.
Dans le lac
Il est commun dans la zone de
Kipili, Tanzanie (voir la carte), alors le genre Regani en général est trouvé à
travers tout le lac. Il est inféodé à la couche superficielle de la zone rocailleuse.
Mais, je cite Ad Konings,: "Julidochromis Regani peut être observé dans des zones
entièrement couvertes de sable, ces derniers, en cas dattaque préférant
séloigner des rochers plutôt que dy trouver refuge."
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En aquarium
Pour lui convenir, il lui faut des cailloux pour faire des cavernes,
peu de nitrates (ils y sont sont très sensibles, surtout jeunes), évidemment pas de
nitrites, de l'eau dure (du Tanga quoi) une température de 23-28 °C. Il ne touchent pas
les plantes.
Ils se contenteront d'un bac de 100 L (tous seuls), mais plus c'est mieux, car les
compagnons pourraient faire les frais de la proximité ou de l'absence de refuge.
Il ne sont pas difficiles au point de vue alimentaire: paillettes (grosses ou petites),
artemias, krill, mélange cichlidés maison, tout est avalé goulûment (contrôler
l'embonpoint).
Une fois un couple formé, il ne se sépare plus (même si la vie conjugale est parfois un
peu "violente") et restent toujours proche des jeunes pour les surveiller (et il
y a souvent et beaucoup de jeunes!). Pour avoir un couple: soit on sait les sexer
(retournette) mais ce n'est pas sûr qu'ils tomberont amoureux, soit on trouve plusieurs
jeunes et on laisse faire le temps. Tout en surveillant: un couple formé devient très
dominateur et territorial, alors s'il n'y ni place ni refuge, mieux vaut enlever les
célibataires restants.
Ce qui ce passe chez moi

Vue du territoire des Julis. |
Ils sont arrivés âgés de
quelques mois (4/5 cm), au nombre de trois. Ils cohabitent avec des N. Brevis, N. Leleupi
et P. Nigripinnis, dans 200 L avec un gros tas de galets de chaque côtés, un petit tas
au milieu (surmonté d'un anubia). C'est ce dernier tas central, avec la plage de sable
devant qui à été
choisi comme domicile par le couple qui s'est rapidement formé (au centre de la photo).
La femelle est vite devenue plus massive, et le célibataire (un mâle, le plus beau par
malheur) à été relégué dans un autre tas de galets avec interdiction formelle d'en
sortir, sauf 15 secondes par repas. On ne rigole pas avec la sécurité! Et les pontes ont
commencé au bout de deux mois.
Les portées se succèdent: je vois apparaître de nouveaux alevins de 3mm collés au fond
et aux pierres chaque début de mois (de vraies horloges!), sous la surveillance assidue
de madame (elle s'est approprié la plage sur 30 cm de rayon et 20 cm de haut), pendant
que monsieur terrasse sans relâche
pour agrandir le terrier en vidant le sable qui entoure les galets.
Première ponte, 1 survivant (3 mois environ 3.5 cm). Deuxième 5 (1.5/2 cm). Troisième
une dizaine... Je ne nourris pas spécifiquement les jeunes: ils se commencent seuls avec
les |
petits
organismes qui se développent dans les racines des anubias tous proches, et passent
rapidement aux débris de paillettes, d'artémias (il est assez drôle de voir un alevin
de 8 mm "branché sur un artémia aussi gros
que lui), ou de nourriture maison. Pour grandir d'environ 1 cm par mois. La prédation
semble assez minime à partir de 5/6 mm grâce à la surveillance parentale. Avant,
difficile à dire, sauf que la première fois que j'aperçois de alevins, ils sont
maintenant (quatrième génération) 50 à 60 par portée. La nature fait un tri.
L'élément intéressant est l'avant ponte: le mâle s'énerve, terrasse plus que de
coutume, est plus agressif envers sa compagne, déploie largement ses nageoire dont le
liseré s'intensifie, tout ça pour faire le malin devant la femelle qui n'est pas en
reste: au mieux de sa forme, rondelette, l'oviducte clairement visible, elle redouble
d'efficacité pour repousser tout les "ennemis" et nettoyer le plafond de la
caverne..
Cette suractivité ralenti à la nage libre (une bonne semaine plus tard) des alevins. Et
le cycle recommence. |

Patrouille devant la maison. |
Comportement et ponte
Le mâle est plus agressif envers la femelle: il la poursuit
fréquemment et la mord, et il faut qu'elle puisse y échapper facilement, en se
réfugiant dans sa caverne.
L'agressivité est très forte pour les autres conspécifiques, qui doivent avoir un
refuge. Il faut éviter de maintenir plusieurs couples en petit bac, sinon la lutte pure
prendra le pas sur l'appropriation d'un territoire.
Par rapport aux autres poissons du bac, rien de dangereux une fois apprise la leçon de
frontière. Le décors qui empêche de voir les voisins est une bonne parade. Les prises
de bec avec (dans mon cas) le Leleupi le plus proche sont assez drôles: face à face,
toutes voiles dehors, gueules grandes ouvertes, et on frétille. Puis chacun regagne ses
pénates sans plus de conflit en général.
Au moment de pondre, la femelle grossit, prépare la caverne, se soumet au mâle en
frétillant. Son "gros" oviducte (2 à 3 mm) est nettement visible. C'est à ce
moment qu'ils sont le plus beau, les couleurs au maximum de leur intensité.
La ponte peut alors se dérouler dans la caverne, le soir: la femelle dépose les
ufs en vrac au plafond et le mâle les fertilise aussitôt. Si vous pouvez éclairer
ladite caverne (ils s'en foutent royalement) vous pourrez y assister. Environ 40 à 60
ufs sont pondus par un couple "expérimenté" (on dit jusqu'à 100 pour
une grosse femelle). D'un diamètre de 1.5 mm, ils sont grisâtres voir verts. 8 jours
plus tard, ils sortent (sans s'éloigner) et cherchent de la nourriture, le sac vitellin
étant absorbé dans les 4 derniers jours: ils grouillent et rampent, pour s'immobiliser
au moindre signal (invisible pour moi) des parents.
Le micro-plancton trouvé à proximité de leur gîte suffit à les démarrer
correctement. Le mieux est de poursuivre avec des nauplies d'artémias pour obtenir une
croissance rapide et de beaux spécimens.
Introduire un prédateur peut être une bonne parade, car il faut impérativement
contrôler la démographie qui est rapide dans de bonnes conditions. Sinon, en bac
d'élevage, ou on peut facilement les attraper, il faut le faire à la main, ce qui est
quasi impossible (ou alors il faut siphonner cette marmaille) dans un bac bien pourvu de
roches.
Conclusion
C'est un poisson excellent, tant pour faire ses armes en Tanga, tant
pour peupler un grand bac. Ils sont en outre très représentatifs du genre question
comportement, et sont pour moi les plus beau Julis avec les Ornatus jaunes.
Et quelle animation! Parfois au détriment des autres! Ma femme appelle la femelle
"La Grosse" quand elle la voit malmener un Cypry trop aventureux, mais qui sera
hors de porté en un clin d'il.
Alors si vous avez une place, n'hésitez pas.
Bibliographie
 | Tanganyika cichlids : Ad KONINGS |
 | Guide Back to Nature, Tanganyika : Ad KONINGS |
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