Dossier Tropheus

"Description du genre Tropheus"

Eric Genevelle (janvier 1996)


Description du genre / Morphologie / Différenciation sexuelle
Mesures comparatives entre les différentes espèces
Remarques

Description du genre

Le genre Tropheus est certainement un des genres le plus connu et le plus apprécié du lac Tanganyika. D’un autre côté, c’est certainement un de ceux qui a provoqué le plus d’interrogations, d’incompréhensions et d’erreurs, voir de déceptions. Ce constat, si contradictoire s’il en est, est du à la pseudo-difficulté de sa maintenance et à la méconnaissance de ses besoins spécifiques.

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Tropheus sp. Black Rutunga

Ce genre a été décrit par Boulenger en 1898 comme un genre limité uniquement au lac Tanganyika. La répartition géographique de ses différentes espèces et variétés chromatiques s’étend sur toutes les côtes rocheuses du lac, ce qui nous amène à penser que ce genre a eut un succès certain dans son évolution et son expansion géographique.

Le nombre d’espèces et de variétés chromatiques a souvent été le fil conducteur de nombreuses théories relatives à la spéciation et à l’évolution du lac comme celle, célèbre, de l’éminent spécialiste Ad. Konings. 

Morphologie

Sans rentrer dans ces différences chromatiques relatives aux différentes espèces et variétés géographiques, le genre Tropheus présente un poisson aux caractères morphologiques tout à fait unique dans le monde piscicole.

Le poisson présente un corps très râblé, adapté aux déplacements courts et rapides dans un biotope rocheux. En effet, si on observe ces poissons en train de traverser avec précaution des zones sableuses de quelques mètres, ils démontrent une agilité étonnante entre les blocs rocheux de son habitat de prédilection. Il est surprenant de constater que ce poisson rase avec une précision stupéfiante le contour des pierres, même en période de chasse ou de fuite, sans se blesser contre les aspérités du biotope. De la même manière, après avoir parcouru plus de 2 mètres avec une vitesse prodigieuse, il est capable de s’arrêter immédiatement pour intimider un adversaire ou pour éviter un obstacle. Le corps du poisson présente ainsi une musculature impressionnante, propre à son mode de déplacement. De par cette caractéristique, il est incapable de parcourir de longues distances à un rythme élevé, mais cette lacune ne présente aucun inconvénient lorsque l’on connaît son caractère territorial et la nature de son biotope. Le corps du poisson est parcouru par deux lignes latérales incomplètes et ses écailles sont denticulaires. La hauteur du corps représente en moyenne le tiers de la longueur du poisson qui varie entre 11 et 16 cm en fonction des espèces. La tête du poisson est assez courte et présente une partie frontale assez verticale. L’oeil est expressif et sort légèrement de l’espace orbital chez les sujets adultes. Les joues forment un angle pratiquement droit à leur base. Les nageoires du poisson sont des plus classiques avec une nageoire dorsale avec de 20 à 21 rayons, une caudale et anale (entre 4 et 6 rayons), deux pectorales et ventrales. Chez le spécimen adulte, ces nageoires, en dehors de la caudale et des pectorales sont plus effilées chez le mâle (cette spécificité n’est apparente que chez les individus âgés de plus de 3 ans. La bouche du poisson est la signature parfaite du comportement alimentaire de notre ami : VEGETARIEN. Cette bouche est située en contrebas de la tête et profilée horizontalement. Finement découpée, elle est cerclée d’une multitude de minuscules dents spécialisées dans le raclage des roches présentes sur le biotope en vue d’y prélever la maigre couverture végétale nécessaire à son régime alimentaire. Ses dents pharyngiennes sont cylindriques. La macheoire de nos Tropheus présente deux rangées de dents, une rangée est formée de dents bicuspides, l’autre de petites dents tricuspides. Enfin, le contour extérieur des prémaxiliaires présente une série de dents coniques. Quand la bouche est fermée, la macheoire maxiliaire couvre légèrement la macheoire préorbitale. Sa mâchoire présente la particularité d’être si ‘carrée’ qu’elle favorise la position des dents sur la surface rocheuse. La forme de la mâchoire de l’espèce Duboisi est cependant plus allongée en raison de son régime alimentaire et de son biotope naturel. En effet, ce poisson, plus habitué aux zones plus profondes, présentant des rochers légèrement couverts de sédiments, ont légèrement modifié leur régime alimentaire en acceptant une plus grande part de petits crustacés parmi la masse végétale. La bouche de ces poissons s’est donc légèrement allongée pour permettre à son propriétaire de capter cette manne de nourriture parmi la fine couche de sédiments. Pour continuer sur les spécificités relatives à ce comportement alimentaire, il faut noter que la longueur de l’intestin des poissons du genre Tropheus représente entre 3 et 5 fois la longueur du poisson en fonction des espèces en présence.

Différenciation sexuelle

La distinction des sexes n’est pas des plus évidente dans beaucoup des espèces de ce genre. En effet, même si la différence sexuelle de certains individus comme chez Tropheus polli est relativement évidente, il n’en n’est pas de même pour la majorité des autres poissons. Il est dérisoire de vouloir se fier aux caractères chromatiques, ces derniers variant d’un site de capture à un autre et en fonction de l’humeur du poisson. Il n’existe aucun caractère morphologique externe fiable permettant de les différencier, surtout à l’état juvénile. La manière la plus fiable consiste en l’examen des papilles génitales (Exotic Tropical) en retournant le poisson à la lumière avec l’aide précieuse d’une loupe. On remarquera alors que la papille génitale, située en arrière de l’orifice anal, est plus large et moins bien dessiné que chez la femelle. Cette observation ne peut se faire avec un certain taux de réussite que chez les individus de plus de 6 mois (5-6 cm), et d’autant plus si le poisson s’est déjà reproduit (encore qu’à ce moment, il est plus facile d’identifier l’individu qui a déjà incubé). Chez les individus relativement âgés, on peut identifier les mâles par l’allongement de leurs nageoires ventrales et anales. Un moyen de différenciation est aussi couramment utilisé par les cichlidophiles qui possèdent un bac contenant plusieurs individus d’une même espèce ou variété chromatique. Cette méthode nous est donnée gracieusement par les poissons eux-même en raison de leur caractère belliqueux. En effet, on reconnaît les mâles aux marques blanches qu’ils ont sur la bouche. Ces marques sont en réalité des blessures sans gravités que les mâles se dispensent lors des combats donnant lieu à des prises de bouche virulentes. Les femelles ne présentent pas ces marques. En général, les mâles sont plus grands que les femelles.

Mesures comparatives entre les différentes espèces

Les mesures que vous trouverez dans ce tableau ont été faites à partir de populations de spécimens sauvages d’espèces différentes. Elles sont le résultat des travaux de H.J. NELISSEN en 1979 dans sa révision taxonomique du genre Tropheus.

Les longueurs sont exprimées en % à partir de longueurs facilements identifiables (normes taxonomiques Anglaises):

Mesure en %

T. moorii
sur 90 individus

T. brichardi
sur 10 individus

T. duboisi
sur 52 individus

Hauteur du corps / b.l

56,3

53,9

57,7

Largeur du corps / b.l

24,3

25,5

27,2

Hauteur de la tête / b.l
Hauteur de la tête / b.d

41,2
73,2

43,4
80,5

41,1
71,3

Largeur pré-orbitale de la tête / h.l

81,4

30,8

74,8

Largeur post-orbitale de la tête / h.l

112,7

106,2

110,6

Diamètre des yeux / h.l

27,5

28,7

30,1

Espace inter-orbital / h.l
Espace inter-orbital / b.w

41,9
71,3

35,2
59,1

41,4
63,8

Longueur du museau / h.l
Longueur du museau / diamètre de l’oeil

28,9
108,6

28
97

30,3
101,3

Distance entre l’oeil et l’opercule / h.l

46,3

45,5

43,7

Largeur de la bouche / h.l
Largeur de la bouche / b.w
Largeur de la bouche / largeur inter-orbitale

49,9
85
119,6

53,4
90
152,8

45,7
70,3
110,4

Longueur de la bouche / h.l

17,9

16,7

21,7

Hauteur des joues / h.l

45,1

40,9

41,1

Hauteur du pédoncule caudal / longueur

109,2

109,2

111

Longueur de la nageoire dorsale / b.l

90,5

88,7

89,7

Distance de la nageoire dorsale au museau / b.l

53,1

54

51,2

Longueur de la nageoire anale / b.l

28,9

29,2

28,8

Distance de la nageoire anale au museau / b.l

93,3

96,8

96

Longueur des nageoires pectorales / b.l

48,7

49,1

49,5

Distance des nageoires pectorales au museau / b.l

44,5

44,9

42,2

Longueur des nageoires pelviennes / b.l

53,1

46,1

53,3

Distance des nageoires pelviennes au museau / b.l

55

56,5

55,7

Nombre d’écailles sur la ligne latérale

31,3

30,5

32

Nombre d’écailles sur la ligne transversale

14,9

14,6

15,7

Nombre d’écailles sur le pédoncule caudal

16

16

16

Remarques

Même si ces chiffres vous semblent rébarbatifs, ils peuvent servir de base de différentiation entre les différentes espèces de Tropheus. En tout état de cause, vous pourrez vous servir de ces ratios pour estimer la valeur de vos souches et si vos pensionnaires ont bénéficiés d’une maintenance appropriée devant mener à ces côtes normalisées. Il faut cependant savoir que les chiffres donnés dans ce tableau ne sont que des moyennes, des écarts d’environ 10 % étant souvent observés, même sur des individus sauvages.

 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle