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Ctenochromis horei Par Philippe Lemoine (février 1999)
Avant propos C est en juillet 1998, au cours dune expédition chez un commerçant belge frontalier que je fis lacquisition dun trio de Ctenochromis horei.Membre de lAFC depuis 1985, je commençais par parcourir les différents numéros de RFC dans le but de me documenter sur cette espèce avec laquelle javais, quelques années auparavant, eu une expérience désastreuse. Ne trouvant que peu darticles, je me tourne, vive le monde moderne, vers Internet que je pratiquais peu jusqualors en dehors des besoins professionnels. Mais quelle heureuse surprise ! Je découvre un site exclusivement consacré à ma passion de plus de quinze années : le Tanganyika. Ce site correspond exactement à mes attentes. On y trouve de tout, et par nimporte comment. Les mises à jour sont fréquentes. Tout est clair, net, précis. Ce site vous le connaissez puisque vous y êtes actuellement, cest celui dEric Genevelle. Pourtant déception, rien de concret sur ce poisson en dehors des références dun article sur sa reproduction et de quelques allusions dans la traduction du livre de Ad Konings. Le 31 décembre 1998 vers 15h, en guise de remerciement pour le travail fournis par Eric, je décide de lui envoyer mes vux et lui propose la rédaction de la synthèse des maigres informations recueillies sur Ctenochromis. Un peu avant 16h, mon micro émet un bip sympathique. Cétait la réponse de notre hôte. Cet homme là doit passer ses jours et ses nuits devant son ordinateur. Certes le Tanganyika est également une passion pour lui, mais essayez dimaginer la quantité de travail nécessaire pour satisfaire notre curiosité, nous les consommateurs ...
Un peu de systématique Super-classe
Poissons
Décrit sous le nom de Chromis horei Gunther
1893 Synonymes Tilapia rubropunctata
Boulenger 1899, vide Pellegrin 1903 En 1979, Greenwood réorganise le genre Haplochromis (Hilgendorf 1888). Il ne reste plus alors que cinq espèces dHaplochromis toutes étrangères au lac Tanganyika. Le genre Ctenochromis est créé.
Pour les compteurs décailles Les poissons de ce genre sont caractérisés par la présence dans la région thoracique décailles très petites. La séparation avec les parties latérales et abdominales est bien marquée, les écailles dans cette région sont de grande taille et en principe de type cténoïde. De chaque côté la
région thoracique, existe une zone nue. Ces zones peuvent se rejoindre
au niveau ventral.
Une petite photo vaut mieux quun long discours
Avec sa sale tête de prédateur, ce poisson doit avoir dautres atouts pour me séduire. La couleur dominante du mâle est jaune tirant sur le vert olive. Les écailles latérales sont pour la plupart marquées dune tache rouge vermillon. En période dexcitation, le jaune sintensifie, la partie thoracique sous les opercules prend une coloration rouge. Des marques mélaniques bien marquées apparaissent sur la face, à la façon dune tête de tortue. La nageoire dorsale est bordée dun liseré rouge, elle possède des marbrures rouges. Les nageoires pectorales sont jaunâtres. La nageoire annale peut posséder une ocelle. La femelle est plus terne. Certaines dentre elles possèdent également les taches rouges sur les écailles. Je nai jamais vu de femelles développer les marques mélaniques. Le patron de coloration apparaît très tôt chez les alevins (environ 2-3 mois) ;
Le milieu naturel C.horei se trouve dans tout le lac. On le trouve en particulier dans les zones côtières marécageuses au milieu des Valisneria. Il fréquente également les estuaires des rivières ce qui lui confère la particularité despèce non endémique. Le comportement reproducteur est de type incubateur buccal maternel. La femelle très dévouée nhésite pas à garder ses alevins et ceux dautres espèces (Synodontis) très longtemps.
Le comportement alimentaire est réputé carnivore. Ce prédateur sattaque aux alevins et poissons de petites tailles. Il nest pourtant pas rare de voir C.horei brouter les Valisneria et autres plantes.
Conditions de maintenance Ce prédateur nécessite un bac de 1,50 mètre minimum. Le comportement intra spécifique est désastreux. Mieux vaut éviter de maintenir deux mâles sub adultes ou adultes dans le même bac. La libido de monsieur étant très développée, plusieurs femelles sont nécessaires. Laquarium doit obligatoirement présenter de nombreuses cachettes. Le comportement inter spécifique semble meilleur, du moins avec les espèces vives et de taille comparable. Inutile de les nourrir aux conchylicoles. Inutile despérer élever les alevins dautres espèces avec eux. La présence de plantes nest pas indispensable. Pourtant un bac planté de nombreuses V.gigantea offrira refuges et nourriture.
Mes expériences Lorsque mest venue lidée décrire cet article, à court de documentation, jai lancé un SOS sur le forum du site. La seule réponse obtenue tenait à peu près en ces mots " la seule documentation sur ce truc est quil faut être fou pour le maintenir ... ". Il y en a un qui doit se reconnaître. Merci quand même. Je dois donc être deux fois fou car jai tenté deux fois lexpérience. Mais je vous promets que je vais me faire soigner.
Eté 1990 Au retour dun week-end de vacances, catastrophe et puanteur !!! Le thermostat est resté collé. Je vous laisse imaginer lodeur et le spectacle, C.frontosa, N.daffodil, A dewindti ... plus rien que des choses blanches, informes ... Jarrête tout ... A près avoir tout nettoyé, je décide quand même de remettre le bac en eau. Une petite excursion chez un grossiste flamand sans idées de repeuplement (guppys, sardines, bac spécifique ou densemble ...). Dans un bac se trouvaient quelques Haplochromis du Victoria, pas courant à lépoque. Javais choisi. Pour commencer, je prenais deux trios. Plus loin japerçois un couple dune espèce qui métait inconnue. Le mâle faisait environ 10cm la femelle un peu plus petite incubait. Après renseignement le patron mindique le nom de lespèce : " il sagit dHaplochromis horei, chef, et tu peux maintenir avec, une fois ... ". Certains reconnaîtront. Rentré à la maison, jintroduis les huit poissons dans les 450 litres du bac. Après une nuit dadaptation, deux des femelles Victoria étaient abîmées et prostrées. Rapidement je maperçois que le responsable est le mâle H.nubilus. Je retire les femelles et espère que les choses vont se calmer . Jabrège. En une semaine, le mâle H.nubilus avait déchiqueté lensemble de la population y compris les H.horei qui après recherche se sont révélés être des Ctenochromis du Tanganyika. Après lécurement du mois daoût, celui de septembre et une certitude : je ne me risquerais plus dans le Victoria, mais je nabandonnerai pas.
Août 1998 Je fais lacquisition dun trio juvénile de C.horei chez un autre commerçant frontalier. Je décide dintroduire ces individus dans mon bac densemble peuplé dune quinzaine de Tropheus species black Kiriza et de Neolamprologus leleupi. Tout ce passe bien mais les Cteno sont jeunes. Je nai pas trouvé de documents concernant cette espèce. Après quelques jours un couple se forme, la femelle (4 cm) incube. Je décide après trois semaines de la faire cracher afin de lui permettre de se nourrir. Je récupère six alevins bien formés de quelques millimètres. Ceux ci se développent correctement, sont nourris aux artémias et atteignent après deux mois environ 3 cm. Dans les quinze jours qui suivent, le mâle semble bien excité. Il veut frayer mais la femelle convoitée, lautre, ne semble pas décidée. Le lendemain, je ne la vois pas. Quelques jours plus tard je la retrouve mal en point. Elle a un flanc complètement déchiquetée, elle est condamnée. Lautre femelle, la première, accepte les avances du mâle. Elle incube de nouveau. Je décide alors de la laisser incuber. Un mois plus tard, je la vois relâcher ces alevins. Quel spectacle ! Comment une si petite chose (5cm) peut-elle garder ces petits ? Et bien elle na pas pu le faire très longtemps. Au niveau comportement, mes Ctenochromis semblent pour le moment se désintéresser complètement des autres espèces. Je nai jamais eu tant de reproductions de Tropheus. Ils adorent grignoter le tapis de Crypto et les Valisneria, mangent comme des goinfres et grossissent très rapidement. Le mâle atteint maintenant les 10 cm. Petite anecdote : Afin de libérer un bac délevage pour introduire des jeunes Tropheus, jai introduit dans le bac trois jeunes Callochromis stappersi. Pendant lincubation de la femelle C.horei, le mâle sest complètement désintéressé de sa femelle. Par contre un Callochromis mâle a passé près dune semaine à nager au côté de cette femelle sans lagresser, comme pour la protéger.
Conclusion Je ne pense pas ici convaincre les cichlidophiles à élever cette espèce. Certes Ctenochromis a mauvaise réputation. Je pense quand même que son comportement dHaplochrominiens rare dans le Tanganyika mérite dêtre observé. De plus son patron de coloration est attrayant. Et qui sait, peut-être un jour verrais-je quelques alevins de Tropheus dans une portée de Ctenochromis. Et si personne ne tente, qui écrira larticle qui me permettra de mieux connaître cette espèce ? Pour rassurer ceux qui me croient fou, à la moindre alerte de comportement agressif, jisolerai cette espèce dans un bac spécifique.
Bibliographie
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Tanganyika Cichlids |