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Dossier Tropheus "Comportement" Eric Genevelle (1996)
Introduction / Territorialité / Comportement social / Le combat Le genre Tropheus présente au cichlidophile que vous êtes un caractère des plus étonnant qui conduit ce dernier à de nombreux casse-tête, voir insomnies. Ce poisson, à lair si placide et bon-enfant, se révèle, lorsquil se sent à son aise (ce qui est notre objectif) comme une véritable teigne si son humeur nest pas ménagée. Le simple fait que lon puisse reconnaître le sexe dun individu en observant les cicatrices sur sa bouche nous souligne avec évidence ce trait de caractère. Rassurez-vous, de bonnes conditions de maintenance et une lecture attentive de ce " mode demploi " vous permettra de réussir une " ambiance " que certains vous dirons comme impossible. Par où commencer ? Dans le désordre... Le Tropheus est un poisson territorial par rapport à lui même, mais pas par rapport à un site précis. Si en aquarium, il domine généralement sur un tas de pierre, il en est autrement dans le milieu naturel. Au sein de son biotope, le Tropheus mâle est un poisson qui lutte constamment avec ses congénères dès quune femelle est dans les environs ou dès quil arrive dans une zone libre. Cette zone peut se déplacer en fonction de ses conquêtes, il aura toujours le même comportement. On considère généralement que le territoire dun Tropheus mâle couvre environ 3 m2 lorsque celui-ci ne se nourrit pas. En effet, lorsquil est occupé à salimenter, des bancs composés de centaines dindividus peuvent se rassembler sur quelques mètres carrés sans montrer aucun comportement belliqueux. En fait, le comportement territorial des individus mâles est conditionné par deux facteurs: Le processus de reproduction: Un mâle, lorsquil courtise un femelle, cherche à éloigner tous les intrus afin de conserver toutes ses chances et limiter le choix de la femelle. Dès quil arrive à capter son attention, il oublie momentanément son entourage pour entamer ce que lon pourrait appeler la danse nuptiale. Après quelques secondes, son naturel revient au galop et chasse les intrus qui auraient profité de cette absence pour sapprocher un peu trop près. La recherche de nourriture: Si certaines zones offrent aux Tropheus une quantité abondante de nourriture, certaines en sont pratiquement dépourvues. De plus, en raison de la nature de son régime alimentaire, le Tropheus doit défendre un territoire relativement important pour que celui-ci subvienne à ses besoins. Cette lutte continuelle oblige ainsi ce genre à découvrir sans cesse de nouveaux territoires, ce qui a favorisé la diversité des formes chromatiques et lévolution continuelle du genre. Malgré le caractère agressif des mâles, on rencontre souvent ses derniers en groupes dans leur milieu naturel, pouvant rassembler une centaine dindividus, en train de brouter la couverture végétale dun gros bloc rocheux à quelques mètres de la surface. Les femelles nont pas ce type de comportement. En dehors de cette phase de nutrition, les mâles défendent avec acharnement un territoire denviron 1 à 2 mètres de diamètre à partir duquel ils vont sans cesse courtiser les femelles. Lorsquun autre mâle approche, il se fait chasser immédiatement et reconduire à lextérieur du territoire. La distance parcourue par le mâle dominant nexcède cependant pas les 2 mètres en dehors du territoire. Le comportement social des Tropheus dépend de son sexe, de son âge et de sa position dans le groupe. La position hiérarchique: Les Tropheus sont des poissons observant un comportement grégaire et qui ne peuvent pas vivre convenablement sils ne sont pas maintenus en groupe. Ces groupes, composés au minimum dune dizaine dindividus sont hiérarchisés selon des règles très strictes. En ce qui concerne cette notion de hiérarchie, il est à préciser quelle diffère considérablement en aquarium par rapport aux conditions lacustres. En aquarium, on constate tout dabord la présence dun ou de plusieurs mâles dominants et de mâles dominés. Dans le milieu naturel, la notion de mâle dominé est pratiquement absente car ces derniers, par leur comportement grégaire, iront constituer un autre territoire à la mesure de leurs ambitions. Il existe probablement une hiérarchie entre les femelles. Nous y reviendrons un peu plus loin. En aquarium, on a parfois observé que le mâle dominant dun groupe intervient pour séparer deux dominés ou sub-adultes lorsque ces derniers se battent. Le mâle dominant arrive alors sur les lieux du conflit et frappe les combattants au niveau des bouches qui sont réunies. Dès que les combattants se séparent, le mâle dominant réintègre sa place habituelle dans le bac. Jai pu observer cette attitude même si lorsque les combattants sont dune espèce distincte du Tropheus dominant. On peut penser quil cherche ainsi à séparer les deux combattants afin que les positions hiérarchiques dans le groupe ne soient pas changées. Une autre explication serait quil ne souhaite pas lémergence dun " gagnant " au sein du groupe qui viendrait par la suite lui envier son " trône " au sommet du groupe. Certains cichlidophiles ont parfois eut lenvie disoler le super mâle de leur bac quand ce dernier faisait un peu trop sa loi. Même si cela part dun bon sentiment, cette méthode nest pas forcément la bonne. En effet, si on enlève le " chef " du bac, les Tropheus restants vont devoir en élire un nouveau. Comme le vote démocratique nexiste pas dans le genre animal, il risque de se produire un désordre encore plus important quavant et les luttes plus meurtrières. Ce phénomène est observé même si les individus restant dans le bac ne sont que des femelles. Si, pour des raisons diverses, vous devez recourir à cette solution, vous pourrez avoir de bons résultats en nisolant le mâle dominant que pendant une période très courte (le temps que les autres reprennent un peu confiance) et de le remettre au sein du groupe avant que celui-ci nait eut le temps de se réorganiser. Il arrive parfois que le puni perde sa place de chef devant un mâle précédemment en liste dattente, mais cela se passe sans heurt. Il est important de noter quil existe une double hiérarchie dans un bac comportant différentes espècesde Tropheus: Une hiérarchie dans le genre et une autre entre espèces. Ainsi, le mâle dominant dune espèce peut être dominé par un dominé dune autre variété. Le nouveau venu, ou problèmes dintégration: On remarque, principalement en aquarium, quun groupe de Tropheus respecte une hiérarchie bien définie et que chaque individu reconnaît " nominativement " chacun de ses congénères. Ainsi, une horde de Tropheus sentend idéalement si aucun nouveau spécimen ne vient perturber lordre établi. Ce côté " reconnaissance " est si bien établi quil est périlleux de vouloir insérer dans le groupe un nouveau spécimen, ou même éloigner un individu pendant quelques jours du groupe. Lors de linsertion de ce poisson, celui-ci sera immédiatement identifié comme un nouveau venu et comme un individu perturbant. Il sera irrémédiablement chassé du territoire lorsquil sagit du milieu naturel, ou harcelé quand il sagit dun aquarium. Il est inutile de compter sur la complexité du décor ou dun changement de ce dernier pour arranger les choses. Larrivant sera pourchassé invariablement jusque dans les moindres anfractuosités du milieu disponible. Généralement, le " souffre douleur " va se réfugier dans un des coins supérieurs du bac et supporter les agressions incessantes de ses congénères. Il ne sert à rien de sortir lindividu du bac, ceci nétant que " reculer pour mieux sauter ". Certains cichlidophiles ont parfois résolu ce problème en installant une terrasse composée de galets à la surface du bac. Le poisson sy réfugiera immédiatement et sera hors de vue de ses agresseurs, puis pourra progressivement réintégrer le groupe social. Il est aussi possible dinstaller à la surface de votre bac des petits morceaux de tuyau en PVC afin que le poisson puisse sy réfugier. Le problème, avec ce type de cache, reste quelles ne sont pas mobiles. Le poisson est ainsi condamné à rester dans un endroit isolé et aura des difficultés à ressortir de son morceau de tuyau sans subir de nouveau lagression des autres poissons. On ma récemment évoqué la solution originale qua adopté un Trophéophile. Elle consiste à placer ces petits tuyaux (dun diamètre à peine supérieur à celui du poisson) à la surface de leau. Les Tropheus ont ainsi pris lhabitude de se déplacer dans le bac avec cette carapace flottante autour de leur corps. Même si cette solution nest pas vraiment esthétique, elle peut être envisagée dans des aquariums de reproduction. Une autre solution, mais plus onéreuse consiste à intégrer au sein de ce groupe plusieurs nouveaux spécimens. Lagressivité sera ainsi divisée par le nombre de nouveaux individus. En guise de remarque, je préciserais que ce phénomène est le même, que le peuplement dorigine du bac comprenne 5 individus, ou plus de 50. Le comportement des femelles entre elles: Avant toute chose, il faut préciser que les femelles ne sollicitent jamais les mâles (reproduction ou agression). Cest toujours le mâle qui prend linitiative. Les femelles nobservent pas de comportement territorial, contrairement aux mâles, ce qui ne les empêche pas de montrer en de rares occasions de lagressivité entre elles. Elles se coursent ou se tapent sur les flancs mais ne se prennent jamais par la bouche. Contrairement aux mâles, les femelles peuvent pénétrer dans tous les territoires, quelque soit la structure du groupe. Elles peuvent en être chassées, mais pas pour les mêmes raisons que leurs conjoints. A une seule occasion jai pu observer le comportement belliqueux dune femelle. Il sagissait dun spécimen de lespèce duboisi qui vivait seule (comme Tropheus) dans un bac de 400 litres parmi dautres espèces du Tanganyika. Ce spécimen, encore sub-adulte, était assez paisible en dehors de sa fâcheuse habitude à taquiner mes Cyphotilapia frontosa. Un jour, jai introduit un groupe de 6 Tropheus duboisi Maswa. Pendant quelques jours, elle les harcela assez violemment (contrairement aux autres poissons introduits). Cette anecdote ne peut certainement pas servir de référence car je nai pas eut loccasion de renouveler cette expérience. A vérifier ! Le comportement des alevins: Dans un bac de Tropheus, les alevins forment un groupe distinct de celui des sub-adultes et adultes. Les mêmes règles sociales sétablissent bien que la notion de sexe nintervienne pas à ce moment. Les mâles et les femelles (bien quon ne puisse pas les distinguer) ont le même comportement. Ces alevins vivent à proximité du substrat, soit du sol, soit de la roche. Même si les combats ne sont pas présents à cette période de la vie, on observe des comportements très marqués liés à lintimidation. Ils se font face pendant quelques instants en frétillant leurs nageoires, mais ne se touchent ni ne se poursuivent avec une volonté de faire mal (à ce quil nous semble !). En poussant ce raisonnement, on pourrait être amené à penser que les alevins agissent ainsi en copiant le comportement de leurs parents (cette théorie est bien évidemment à confirmer). Même si les alevins forment un groupe distinct de celui des adultes, il est à noter que les alevins ont des relations étroites avec leurs géniteurs et autres adultes du genre. Dun côté, on remarque que les adultes sont indifférents vis à vis des alevins en leur permettant ainsi de sémanciper sans risque. On remarquera quils sont très tolérants face aux facéties des alevins en ne prenant pas ombrage des nombreuses attitudes quils ne sauraient tolérer dindividus plus âgés. On a observé ainsi des alevins de moins de 3 cm faire face, voire faire reculer, des mâles dominants. Cest un peu comme sils étaient à lécole de la vie. Il semblerait que cet apprentissage soit limité à celui de la vie en communauté. La recherche de nourriture et la reproduction devant, soit être inscrite dans les gènes, soit acquise par expérience. Le comportement des juvéniles et des sub-adultes: Il est difficile de délimiter précisément ces deux périodes car elles sinscrivent toutes deux dans la lente phase dapprentissage des Tropheus. Les différences de comportements sont présentes, mais ne peuvent être associées à un de ces deux stades avec précison. Pour parler juste, et sans commettre dimpairs, nous dirons que la limite entre ces deux stades se situe au moment où le patron de coloration saffirme chez les individus dominants et au moment où le poisson commence à affirmer sa sexualité (voire devenir fertile). Ces deux périodes transitoires (juvénile et sub-adulte) sont elles aussi délicates à déterminer au sein de la vie de nos Tropheus car elle nest (si nous les confondons) quun stade transitoire entre le stade alevin et le stade adulte. Pour vous donner quelques repères, je dirai quelle commence là où finit la période dapprentissage et son déplacement en petits groupes sur le substrat et interstices rocheux, et se termine quand le poisson envisage sa position dans le groupe des adultes. Au cours de cette phase transitoire, le poisson met en application (avec plus ou moins de succès) son apprentissage et le résultat de ses observations. Il quitte le substrat ou les petits galets pour saventurer en pleine eau (en dehors des déplacements liés à la traversée rapide dune zone pour rejoindre un abris) et commence à afficher les prémices de sa coloration définitive. Les barres commencent à disparaitre (les points blancs pour le duboisi) chez les mâles ou individus dominants. Les jeux font place à de véritables intimidations qui peuvent se solder par les premières prise de bouche vers lâge de 6 ou 7 mois. Une hiérarchie commence à se former au sein des juvéniles mais ne concerne que les individus de sa propre espèce. Dès que le poisson tente de simposer parmi les autres espèces ou au sein des adultes, il perd son statut de sub-adulte. Ce statut de sub-adulte, vous lavez constaté, ne dépend pas forcément de son âge, mais de son émancipation. On constate ainsi des comportement différents parmi les sub-adultes dune même génération, même si leur taille est pratiquement identique. La technique de combat de ces poissons est des plus efficace. En fait, elle diffère dun motif à lautre. La domination: Le poisson fond en un éclair sur sa proie sur quelques mètres, jusquà ce que la victime trouve refuge dans une anfractuosité. Lorsque celle-ci se trouve protégée par le relief, elle fait face ou tourne le dos. Lagresseur, content de son effet, sen retourne tranquillement chez lui. Il est remarquable que lagressé, comme le poursuivant, arrivent à accélérer et à stopper sur une distance très courte. Dans un milieu clos, lagressé, sil ne peut séchapper, commencera à suser et à se plier aux attaques continues. Ainsi, au bout de quelques jours, il naura plus la vivacité pour accélérer et se réfugier dans la zone superficielle du décor et sera martelé à même le sol par les coups de bouche des autres poissons. Au bout dun certain temps, il trouvera une cachette et renoncera à en sortir. Cest là que survient la phase la plus critique nécessaire à sa survie : Lalimentation. Il faudra prendre soin à placer un peu de nourriture au dessus de cette cachette afin que le persécuté puisse se remettre de ses blessures. Dans un cas contraire, la diète ajoutée au stress auront raison du poisson par lapparition de maladies difficilement curables. Lintimidation: Deux mâles dominants sur un même territoire ne peuvent sentendre. Le combat devient souvent inévitable dès que les sujets en présence ont atteint lâge de 7 mois. Les deux poissons commencent alors par se poursuivre pendant quelques secondes, mais aucun des deux individus ne cherche à se réfugier. La trajectoire de cette poursuite prend rapidement la forme dun cercle de quelques dizaines de centimètres pour se réduire en un cercle de moins de 5 cm de rayon, si bien que lon ne sait plus qui est le poursuivi du poursuivant. Cette phase peut durer quelques minutes avec des interruptions très courtes. Au bout dun moment, après cette phase dobservation effectuée à une allure étourdissante, un des deux poissons de retourne et prend son adversaire en bouche pour la lutte finale. Cette prise de bec nest pas un simulacre et les deux poissons essaient de secouer leur adversaire en secouant vigoureusement la tête. Cette phase dure environ 15 secondes jusquà ce quun des protagonistes rompe le combat. Le harcèlement " sexuel ": Même si ce type de comportement ne peut être idéalement assimilé à un combat, on constate que cest le Tropheus mâle qui choisi sa femelle et non linverse. Ceci entraîne un harcèlement continuel de la part du mâle lorsque la femelle ne veut pas céder à ses avances. Au début, le mâle frétille, puis sénerve, enfin titille tellement la femelle en lui mordant les flancs quil finit par la blesser et la terroriser. La mort de la femelle peut ainsi subvenir lorsque aucun événement extérieur ou autres individus ne viennent distraire cette frénésie masculine (Cette observation nest faite que si un seul couple nest présent dans le bac). En dehors de tout cela, ils sont adorables...et surtout... si attachants... |
Tanganyika Cichlids |