Chisanza Bay
Plonger avec les "Kupi"


Boulengerochromis microlepis Isanga

Eric Genevelle (décembre 2000)

2 novembre 2000. 6 heures du matin, il pleut. Frais comme un Tropheus, je pars à la pêche à la Mastacembelidae. Le tout est de trouver des appâts pour mettre dans le piège. Une demi-heure plus tard et quelques coups de canne à pêche bien ciblés, quelques Petrochromis et Lamprichthys (désolé) sont écrasés dans le piège. Tournée des bacs de la station de collecte de Kalambo, Zambie, Tanganyika, café, puis retour aux pièges. Bilan de la pêche : 3 Caecomastacembelus moorii de 25 cm. J’espère faire mieux car ce soir, on a prévu un barbecue…

Mais la journée ne fait que commencer et j’ai hâte que la pluie cesse afin d’aller plonger. C’est chose faite à 14 heures. Direction la baie de Chisanza où, selon mon hôte Craig, je devrais y trouver des Cyathopharynx foae ‘’Green’’. Craig ne plonge pas, il a eu hier une crise de paludisme mais m’accompagne quand même avec mon matériel de pêche, histoire de taquiner le Kupi (Boulengerochromis microlepis). Craig mouille l’ancre dans 5 mètres d’eau et j’arrive alors au paradis des cichlidophiles.

La zone est rocheuse mais les blocs de pierre ne dépassent pas le mètre cube. Je file au Nord pour atteindre la zone des 3 mètres afin de voir ces fameux Cyathopharynx. Mais rien, rien de rien. Pas un cratère à l’horizon. En revanche, quelle débauche de couleurs. Tous les 5 mètres, des Ophthalmotilapia ventralis bleus paradent dans tous les sens, leurs espaces traversés de bancs de Lamprichthys tanganicanus, le Killi du lac, des centaines de Tropheus moorii vont et viennent entre les roches à savoir qui fera le plus le kakou. Des couples harmonieux de Neolamprologus christyi et Neolamprologus savoryi défendent leurs nids tant bien que mal devant le tohu-bohu des Petrochromis. Entre les failles, Telmatochromis et Chalinochromis se faufilent avec douceur sous les rayons du soleil. Mais toujours pas de Cyatho !

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Ophthalmotilapia ventralis Isanga Altolamprologus fasciatus Isanga Xenotilapia sima Isanga

Je prends alors cap à l’Ouest afin de retrouver de la profondeur. Vers 7 mètres, les blocs rocheux font face à de grandes dalles espacées par de petites plages de sable. Les Tropheus et Ophthalmotilapia ne sont plus de la partie. En revanche, je suis assailli par un essaim de Perissodus microlepis qui se jettent sur tous les poissons qui passent à moins d’un mètre afin de leur arracher quelques écailles. Plus loin, c’est un couple de cette même espèce qui protège son frai en pleine eau. Je m’approche et tous les alevins rentrent dans la bouche des parents. A quelques mètres de là, je tombe devant un couple de Lepidiolamprologus attenuatus qui semble pris de panique. Je comprends bien vite ; je suis posé sur leur nid. Je m’éloigne de deux mètres et tous les alevins terrés sur le substrat reprennent rapidement leur envol. La défense du frai reprend alors et tous les Lamprologues sont immédiatement attaqués dès qu’ils s’approchent à moins d’un mètre. 


Julidochromis ornatus Chipwa

Par contre, les Petrochromis traversent le nuage d’alevins sans être aucunement inquiétés. Tout simplement parce que le couple reproducteur sait que les Petrochromis sont végétariens.

 

Apparaissent alors des bancs de Xenotilapia spilopterus avec la tâche noire sur la nageoire dorsale. Ce sont des jeunes de 3 cm. Les adultes se déplacent en couple ou par groupe de 5 ou 6, pas plus. Je regarde sous une dalle et tombe sur une Caecomastacembelus moorii et une tripotée de jeunes Synodontis multipunctatus. Ils attendent la nuit pour sortir. Je relève la tête et tombe en admiration devant un mâle Boulengerochromis microlepis de 60 cm. La visibilité est de 15 mètres, mais il semble prendre tout l’espace. Puis ce n’est pas un mâle, mais tout un groupe de Kupi qui tourne autour de moi à une distance de 3 mètres. Il y a 3 mâles et 9 femelles. Je m’assois alors sur le fond et observe pendant 5 minutes ce ballet magique que rien ne semble pouvoir perturber, si ce n’est quand pointe à l’horizon un énorme Lates angustifrons d’1,5 mètres. Il trace sa route à 4 mètres au dessus du sol et sa mâchoire semble démesurément grande. D’autres Kupi passeront me dire un petit bonjours amical, en tout, près de quarante spécimens ce jour là, et tous des adultes en couleur de frai. Du bonheur en barre.

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Neolamprologus tetracanthus Chipwa

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Neolamprologus sexfasciatus Kalambo
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Neolamprologus cylindricus Isanga

Je poursuis dans la zone intermédiaire où les blocs de pierre s’éparpillent sur le fond sablonneux. Ici, les Xenotilapia flavipinnis sont roi et le jaune de leurs nageoires brille intensément sous le soleil. Rien à voir avec ce que l’on peut voir dans nos piètres aquariums. Ils sont là par centaines, en petits groupes de 10 environ. Tout près, des groupes semblables de Xenotilapia sima, plus gris mais avec de grands yeux jaunes magnifiques. Les plus gros mâles font plus de 15 cm. Ils paraissent monstrueux pour des Xenotilapia. Ca et là, des cratères aux pieds de roches. Ce sont des nids creusés par des couples de Neolamprologus tetracanthus. Les alevins sont à la sortie du trou, généralement entre deux petites pierres saillantes sur une des faces du cratère. Les parents veillent et semblent prêts à m’attaquer. Je ne les provoque pas. Près d’autres pierres, on trouve des nids de coquilles créés par des mâles Lamprologus callipterus aux reflets verts et oranges. Le grand jeu est de prendre des coquilles du voisin situé à 2 ou 3 mètres et si possible de prendre des coquilles avec les femelles à l’intérieur. Les voir nager ainsi avec une coquille dans la bouche est véritablement incroyable. Partout, au sein de cet habitat patrouillent des jeunes mâles callipterus juvéniles. Par groupes de 20 ou 30, ils pillent tous les nids. Je remue le sable près d’un nid de Neolamprologus tetracanthus afin de distraire les parents, et deux secondes plus tard, c’est dix jeunes callipterus qui, profitant du chaos, se jettent sur le frai pour se goinfrer.

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Lepidiolamprologus attenuatus Kalambo Synodontis multipunctatus Chipwa Zone intermédiaire à Chipwa

Entre les failles des quelques blocs épars, des Julidochromis ornatus se promènent tranquillement. Des Neolamprologus mondabu traverses les plages de sable mais ne s’éloignent pas très loin de la roche. Quelques Neolamprologus sexfasciatus bleus font leur apparition mais ils restent solitaires. Je m’avance alors sur le sable et me pose doucement afin de mieux observer la faune. Apparaît alors une horde de près de 300 Enantiopus melanogenys. Ils ne sont pas en parure de frai, mais le spectacle vaut la peine d’être vu. Au-dessus du sol, à environ 1 mètre, ce sont des bancs de Lepidiolamprologus attenuatus juvéniles qui patrouillent avec des Grammatotria lemairii reconnaissables à la tâche noire sur le pédoncule caudal et des Cardiopharynx schoutedeni.

Cela fait 45 minutes que j’ai quitté la surface et je reprends le cap pour rejoindre le bateau. Je retrouve alors la roche avec d’autres Kupi et des couples splendides de Neolamprologus attenuatus protégeant leur frai en pleine eau. Sur 10 mètres carrés, ce n’est pas loin de 5 couples qui veillent et il faut faire attention où poser ses palmes. Je trouve sur le fond une vielle rame en bois et la garde avec moi au cas où un autre Lates monstrueux voudrait me faire des misères. 3 mètres, des Ophthalmotilapia ventralis et des Tropheus moorii. Je ne dois pas être bien loin. Une heure de plongée, je remonte progressivement et crève la surface à 5 mètres d’une barque en bois où 3 gamins posent un petit filet. Ils paraissent surpris de voir un homme sortir de l’eau harnaché de la sorte. Pour pactiser, je leur donne la rame en bois qu’un de leur copain a du perdre l’année dernière.

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Asprotilapia leptura Isanga Tropheus moorii Isanga Lamprologus callipterus
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Altolamprologus compressiceps Isanga Limnotilapia dardenni Cyathopharynx furcifer
056.jpg (46180 octets) A 50 mètres, je vois le bateau de Craig. 
Il a l’air dépité. Il n’a pas attrapé un seul Kupi. 
Et pourtant, des Kupi, il y en avait. J’étais avec eux !
Lepidiolamprologus lemairii  
 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle