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Biotopes naturels
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"Seul le mètre supérieur de la colonne deau du rivage est considéré comme en perpétuel mouvement. Une côte avec une inclinaison importante a une zone de brassage moins étendue quune côte avec des étages successifs. Une côte abrupte formée dénormes rochers a une zone de brassage étroite, où le brassage est plus important que celui situé à 10 mètres de profondeur. Le rivage superficiel peut être sableux ou constitué de rochers. Parfois, un rivage sablonneux se termine par une plage de galets et nous ne pouvons considérer cette dernière comme un habitat rocheux battu par les vagues (tout au moins pour les premiers mètres). Les rivages constitués de falaises rocheuses seront décrits dans un autre chapitre. Pourquoi faire cette distinction? La raison vient de lexistence dun groupe de Cichlidés qui sest spécialement adapté au tumulte causé par ce brassage des eaux: Les Cichlidés gobies. Dans ce biotope, leau est très bien oxygénée et les déchets de la faune (CO2) sont rapidement éliminés. Ceci entraîne une légère augmentation du pH en comparaison des autres habitats. Par ce brassage vigoureux, la température de leau reste relativement constante, même à la surface de leau.
Les Cichlidés gobies (Eretmodini) se sont adaptés à ce biotope de telle manière que cest uniquement sur le sol que nous pouvons les trouver. Les Cichlidés gobies appartiennent à trois genres, eux mêmes divisés par des spécialisations en comportement alimentaire. Bien sûr, la nourriture doit être disponible au sein de ce biotope instable. Les Aufwuchs, une couche dalgue abritant une multitude dinvertébrés, forment la principale source de nourriture et favorisent ainsi leur présence. Cest pourquoi il est impossible de les rencontrer sur les rivages sableux superficiels. La surface des eaux peut être une bonne protection contre les poissons prédateurs. Les gobies couleur de sable se confondent parfaitement avec le sol quand on les regarde par-dessus (comme le font les oiseaux). Bien quils aient besoin de ce terrain rocailleux pour se nourrir et bien sûr, pour se protéger, ils ne se limitent pas à ce territoire. Cest peut être la raison pour laquelle toutes ces espèces se sont dispersées à travers presque tout le lac. Pour résultante de cette dispersion, toutes les populations se ressemblent. Dun point de vue purement anatomique, tous les Cichlidés gobies ont un corps compressé et une longue nageoire dorsale. Utilisant leurs nageoires ventrales et pectorales, ils saccrochent aux gravas pour résister aux vigoureux mouvements de leau. Leur nage rudimentaire leur évite de se faire balayer par les vagues. Incapable de nager convenablement, le Cichlidé gobie tombe au fond dès quil arrête de bouger ses nageoires. Cette nage rudimentaire est une adaptation typique de la vie dans les eaux turbulentes et cette caractéristique se retrouve dans beaucoup despèces de cet habitat. La nageoire dorsale, qui consiste en une large partie épineuse et une partie souple légèrement striée, joue un rôle primordial dans la stabilité du poisson. Complètement érigée, la nageoire joue le rôle dune voile et évite au poisson de rouler. Tous les Cichlidés utilisent cette partie souple de la nageoire dorsale pour stabiliser leur position. Les mouvements de cette partie de la nageoire vont cependant pousser le Cichlidé vers le bas (cest une autre adaptation qui permet au Cichlidé gobie de se mouvoir sans quitter le contact avec le substrat). La partie épineuse de la nageoire fournit, en plus de la stabilité, un moyen de protection pour lanimal. Agressé par un prédateur, le Cichlidé gobie va ériger sa dorsale en senfuyant. Les principaux prédateurs des Cichlidés gobies sont les espèces de la famille des Mastacembelidae qui résistent à la turbulence des eaux en senroulant autour des pierres. Certaines espèces de Mastacembelus peuvent atteindre plus de 50 cm de long et sont de type carnivore. Les épines érigées de la nageoire dorsale peuvent lutter contre un oiseau pêcheur, mais un prédateur doté dune grande adresse ne laisse que peu de chances à un Cichlidé gobie. Nous avons parlé de ladaptation aux eaux turbulentes, mais une autre adaptation, que nous pouvons rencontrer chez dautres espèces inféodées au sol, est le développement des yeux légèrement globuleux. La plupart du temps, le Cichlidé gobie passe son temps à forer dans le sol. Ainsi, la position élevée de ses yeux est un avantage qui revêt de la plus haute importance. Les alentours peuvent être mieux surveillés et le substrat méticuleusement scruté.
Tous les Cichlidés gobies arborent une couleur de camouflage. Limportant est non seulement de revêtir une robe couleur de sable, mais aussi de se couvrir de sombres rayures verticales en travers du corps. Quand nous observons lensemble de ce biotope ainsi que les profondeurs à proximité de ces rivages rocheux superficiels, nous sommes frappés par luniformité chromatique des Cichlidés. Sans omettre le nombre despèces nhabitant pas les trois mètres supérieurs de ce biotope, les poissons montrent tous des palettes de couleurs identiques avec des barres verticales sur le corps. Pourquoi? Si vous observez la surface de leau sous léclat du soleil, vous verrez la réflexion de la lumière créer des ombres sur les reliefs du sol. Ces ombres créent un mélange de barres noires en perpétuel mouvement. Face à ces poissons plaqués sur le sol arborant une couleur sable et des barres sombres sur les flancs, les oiseaux pêcheurs nont que peu de chance de les remarquer, malgré la performance visuelle de ces rois de la pêche." Ad. Konings - Tanganyika Cichlids"
La zone rocheuse libre de sédiments Libre de sédiment veut dire absence de sable au sein de la couverture biologique. Cela permet aux algues de fleurir dans de meilleures conditions. Le sable à la particularité de limiter la pénétration de la lumière et de réduire ainsi la croissance des algues. Un grand nombre despèces broutent la couverture biologique de ce biotope.
Lhabitat est caractérisé par des pavés rocheux de moyenne et de grande taille, entre 30 cm à 3 mètres de diamètre. Habituellement la côte descend par étages. Les rochers sont imbriqués les uns dans les autres et ne reposent pas sur le sable; Ce biotope est complètement dépourvu de sable. En comparaison avec la richesse des espèces vivant dalgues dans le lac Malawi, les algues du lac Tanganyika ne nourrissent que peu despèces. Ces espèces sont cependant abondantes.
La zone rocheuse couverte de sédiments La limite entre le milieu rocheux libre de sédiment et la zone de roche couverte de sédiments est difficile à distinguer. Le meilleur élément qui nous permet de la distinguer est sa profondeur, je veux dire par là que cette zone est toujours située à plus de 3 mètres de profondeur. Jusquà 15 m, les rochers restent couverts dune pellicule dalgues, mais cela reste sans commune comparaison avec les mètres supérieurs à ce biotope. De plus, une croûte de sel carbonaté couvre chaque objet situé à cette profondeur, et même au delà. Sur la couche superficielle de cette croûte de cristaux de sels se forme un relief coupant comme des lames de rasoir. Dans les zones plus sédimentaires, le sable couvre une partie des rochers.
Il est ainsi très difficile de définir, sauf arbitrage, la limite entre la zone rocheuse et la zone sableuse. Beaucoup de Cichlidés de ce biotope sont observés dans cette zone intermédiaire ou dite de transition. Cependant, nous ne parlerons dans ce chapitre que des espèces passant la plupart de leur temps dans cet habitat couvert de sédiments. Il nest pas difficile de voir la différence existant entre la paroi verticale rocheuse dont nous venons de parler et la zone consacrée au rivage (description faite dans les deux premiers chapitres). Bien que beaucoup despèces vivent indifféremment au sein de ces deux biotopes, les Cichlidés qui vivent dans ce biotope très spécifique, limité aux eaux superficielles ont développé des adaptations étonnantes pour vivre dans cet habitat. Il est souvent très difficile de tracer une ligne précise entre la fin de ce biotope et le début de la zone intermédiaire. Cette ligne, ou zone de transition se situe généralement vers 5 mètres de profondeur. Cest plus certainement lintervention de la profondeur que celle de la nature du sol qui fait que certaines espèces se soient inféodées à cette zone. Cette zone rocheuse à faible profondeur peut sétendre jusquà 7 mètres, mais peut se trouver beaucoup plus en surface. Ce biotope abrite des espèces très réussies en raison de labondance de nourriture quil leur procure. Le sol est sableux mais pratiquement entièrement couvert de roches. La taille de ces blocs peut varier de la taille de petits galets à des ballons de football.
A dautres endroits, ce biotope est couvert de sable avec une multitude de petites pierres qui jonchent le sol. A beaucoup dendroits cette zone de gravats est si dense quelle en arrive à masquer tout le sable. Dans la partie Sud du lac, les roches sont beaucoup plus grosses que dans les autres régions et ce biotope peut ainsi abriter un plus grand nombre despèces spécifiques à ce milieu particulier. En général, la profondeur a plus dinfluence dans cette distribution des espèces que la taille des roches ou la quantité de sable présent entre les pierres. La limite supérieure de ce biotope est représentée par la zone de ressac battue par les vagues. La zone intermédiaire est décrite comme la région où se mélangent le sable et la roche. On peut distinguer deux différents types de zone intermédiaire. La première inclue la zone où la roche se termine à la frontière avec le sable. Cette zone est souvent rencontrée à des niveaux assez profonds et il nest pas évident que certaines espèces puissent sadapter à ces profondeurs relativement importantes. Quand cette zone intermédiaire est située à faible profondeur, on rencontre couramment Ophthalmotilapia nasuta. Le second type de zone intermédiaire débute à la fin du premier, en contrebas des éboulis rocheux. Pour cette raison, la frontière entre ces deux zones nest pas facilement distinguable. Il reste cependant que nous nous devons de faire la distinction entre cet habitat intermédiaire et le biotope décrit dans le chapitre précédent, la distribution des espèces présentes y étant différente. Nous devons réaliser que les espèces dont nous allons parler sont présentes surtout dans la zone où le sable et la roche se mêlent. Ces roches offrent au plus vulnérable une protection et un abri pour la reproduction. La présence de sable dans les régions supérieures est due principalement à laction violente du ressac sur la roche. A lorigine, le sol était constitué dune multitude de petites pierres posées sur le sable. Dès que ce mélange est entré en contact avec ces eaux turbulentes, les pierres sont restées en place mais le sable a été charrié plus loin. Dans certaines zones escarpées, le sable est situé en contrebas de la roche, alors que ce mélange est souvent plus subtil lorsque la côte rocheuse est plus douce. En surface, le ressac nest pas assez puissant pour chasser le sable sur de longues distances. On le trouve donc juste à la limite de ce biotope naturel.
Cet habitat est constitué dune zone , parfois marécageuses, composée graduellement de sable grossier puis de sable très fin. Le sable fin se trouve dans les zones superficielles de ce biotope alors que le sable de plus grosse granulométrie est situé plus profondément en étant mélangé à des cristaux de sel, ce qui lui donne un aspect rugueux. Dans les quatre mètres supérieurs, on peut trouver des plantes de grande taille, bien quelles soient assez rares. Vallisneria aethiopica est parfois trouvée entre deux et quatre mètres de profondeur, mais pousse difficilement dans ces conditions faibles de lumière. Dans la baie de Kigoma, Ad Konings a pu collecter une plante vivant inconnue jusqualors qui vivait à plus de 4 mètres de profondeur entre les roches. Cette plante a des caractères communs avec Elodea dense mais nappartient certainement pas au même genre. Dautres plantes de grande taille peuvent être trouvées dans des zones marécageuses, mais jamais dans le lac lui même. Contrairement à ce que disent beaucoup de livres sur la propension quont les Cichlidés de brouter les pousses des plantes, il est à préciser que très peu de poissons se nourrissent de Vallisneria. La seule espèce qui présente ce phénomène est Limnotilapia dardennei. Les seules plantes qui sont occasionnellement mangées sont des plantes assez hautes du type Nitella ou Chara. Ces dernières poussent à même le sol dans la zone superficielle du biotope en formant de grandes zones végétales sur le sol sableux. Au delà des huit mètres, les végétaux disparaissent pour laisser la place parfois à une accumulation de coquilles vides, par exemple du type Neothauma tanganyicense.
Les zones profondes contiennent certainement moins de sédiments mais la plupart des Cichlidés qui nous intéressent vivent à moins de 30 mètres. Cette vase est le résultat dune lente dégradation causée par les bactéries, qui à leur tour, nourrissent le plancton présent dans la colonne deau. Ce plancton peut être absorbé par différentes petites espèces de Cichlidé mais sont principalement la proie de petits crustacés comme les crevettes. le phytoplancton, vivant des sels dissous et de substances organiques, est pour une grande part mangé par ces crustacés. Ces derniers, avec les larves dinsectes, vers de terre et autres invertébrés forment le menu favori de beaucoup de poissons. Les prédateurs, situés à lextrémité de la chaîne alimentaire, ne réussissent pas à se nourrir de cette source alimentaire (en parlant des proies en question). Dans ce biotope, les Cichlidés présentés vivent en groupes importants pour assurer leur protection individuelle. La présence du phytoplancton est le principal facteur qui a poussé ces populations de Cichlidés vers cette colonne deau libre bien quils ne se nourrissent pas de cette source de nourriture. Le zooplancton, qui se nourrit de phytoplancton, compose la principale source alimentaire de ces espèces. Le zooplancton est cependant principalement absorbé par deux Cupléidés du genre Stolothrissa et Limnothrissa. Ces délicats et petits poissons (moins de 10 cm) se rassemblent en dénormes bancs de plusieurs centaines de tonnes. Ces bancs procurent un apport de protéines non négligeable pour les riverains du lac et pour les habitants des pays voisins. Ce phytoplancton est dépendant de la lumière qui est abondante durant la journée, ce qui leur permet de descendre dans des zones plus profondes. La clarté des eaux du lac permet aux rayons lumineux de descendre à une profondeur denviron 30 mètres et ainsi lexistence de ce plancton au sein de ces zones durant cette période du jour. Lévolution du soleil dans le ciel créé donc une migration du plancton au cours de la journée. Le phytoplancton est habituellement trouvé mélangé au zooplancton qui adopte les mêmes mouvements migratoires. Ce déplacement vertical est aussi suivi par les Clupéides qui sont pêchés la nuit par les riverains. Ces pêcheurs locaux attrapent ces poissons tôt le matin en approchant des lampes à huile au dessus de la surface de leau (pêche au Lamparo). En dehors de ces Clupéides, des Cichlidés prédateurs de ces espèces sont couramment capturés ainsi que des cichlidés du genre Cyprichromis.
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Tanganyika Cichlids |