Dossier Tropheus

"Description du biotope"

Eric Genevelle (1996)

Le genre Tropheus trouve son habitat de prédilection dans les zones superficielles de la côte rocheuse du lac. Strictement inféodé à ce milieu rocailleux, il est absent de toutes les zones sableuses qu’il ne traverse qu’en de très rares occasions si celles-ci n’excèdent pas quelques dizaines de mètres. Ce biotope est recouvert d’une couche végétale relativement importante et dépourvue de sédiments en raison du brassage des eaux présent à cette profondeur (entre 3 et 6 mètres).

Au coeur de cette zone, l’habitat est caractérisé par des pavés rocheux de moyenne et de grande taille, entre 30 cm et 3 mètres de diamètre. Habituellement, la côte descend par étages. Les rochers sont imbriqués les uns dans les autres et ne reposent pas sur le sable. Toute la côte rocheuse du lac a été entièrement investie par le genre Tropheus, ce qui nous démontre qu’il a su au mieux investir son biotope comme à une moindre mesure le genre Petrochromis. C’est ainsi qu’à chaque plongée dans ce type d’environnement, on constate que les Tropheus sont les cichlidés les plus omniprésents.

Au sein d’une même espèce le biotope de prédilection diffère légèrement en fonction de l’âge du spécimen. En effet, on remarque que généralement, les individus juvéniles âgés de quelques mois sont présents dans les zones les plus superficielles du biotope à environ 1 à 2 mètres de profondeur dans la rocaille. A cet endroit, ces roches ressemblent plus à des pierres ou galets d’environ 5 cm de diamètre, proportionnellement à la taille de ces individus. De manière remarquable, on constate que les femelles en incubation ont pour habitude de lâcher leur progéniture dans ce biotope, comme si elles savaient que ce type d’habitat leur est plus favorable.

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Biotope de Tropheus duboisi
(photo Ad. Konings)

Cette aire de distribution concernant les juvéniles présente néanmoins un inconvénient majeur : la prédation liée aux oiseaux pêcheurs. Ces derniers survolent sournoisement (c’est évidemment un parti pris pour nos Tropheus) la côte limitrophe au rivage rocheux et fondent sur les proies jusqu’à plus de 2 mètres de profondeur sur les poissons malgré le reflet du à l’indice de réflexion de l’eau. Pour ce protéger de cette prédation omniprésente, les juvéniles présentent un patron de camouflage des plus étonnant se fondant, non seulement sur la couleur du fond, mais aussi sur l’apparence du fond vu de l’extérieur. En effet, bon nombre de ces poissons présentent un patron rayé qui se confond avec les reflets de l’onde des vagues projetées sur le fond rocheux avec l’incidence des rayons du soleil. A cette profondeur, les juvéniles se déplacent en groupes serrés. On remarque, chez certaines espèces juvéniles, une différence de couleur entre les mâles et les femelles, l’un étant plus foncé que l’autre. Si un juvénile de cette espèce se déplaçait de manière isolée au sein de ce biotope, il serait facilement repéré par ces oiseaux prédateurs. En contrepartie, lorsqu’il se déplace en banc, en compagnie d’individus du sexe opposé, il se confond parfaitement sur le sol.

Les sujets adultes préfèrent les zones plus abruptes et présentant moins d’aspérités. On les rencontre ainsi plus volontiers contre les grands blocs rocheux d’un diamètre supérieur à 50 cm. Les mâles patrouillent à quelques centimètres de la roche et ne pénètrent que rarement entre les failles situées dans ce biotope. Les femelles, quant-à elles, sont plus souvent rencontrées dans la partie supérieure de la roche, à environ 1 mètre au dessus des mâles. Elles adoptent souvent les interstices pour se blottir ou pour échapper à l’ardeur des mâles. En période d’incubation, elles n’hésitent pas à quitter cette zone en perpétuelle agitation pour se réfugier dans des zones plus tranquilles entre des petits galets où elles pourront relâcher leurs alevins avec plus de tranquillité.

 

Tanganyika Cichlids 
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Eric Genevelle