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Article - Mode d'emploi
Par Eric Genevelle (mars 2000)Je
reçois régulièrement des mails de personnes qui me demandent ce qu’ils
peuvent faire pour aider à la réussite du site Tanganyika Cichlids. Ma
réponse est toute simple : écrire des articles. A
cette suggestion évidente, plusieurs réactions :
Bref,
toutes les fausses excuses sont bonnes pour attendre que d’autres s’y
collent. Et bien là, je dis Non. Ce n’est pas que
votre humble serviteur et son équipe de rédacteurs attitrés se lassent,
mais il faut que tout le monde s’y mette. D’autant que, plus ça va, plus
je mets du temps à écrire des articles (recherche, romans fleuves, etc…). Alors
pour vous donner un coup de main (avant le coup de pied au cul), je m’en
vais vous donner les ingrédients et la recette qui feront de vous un auteur
talentueux. Le
sujet de l’article A
ceux qui pensent que tout a été traité dans le site (ou sur les sites
des collègues), je réponds que l’on a à peine traité 10% des sujets. Il
est évident que l’on en a un peu marre de trouver des articles sur le
brichardi ou sur le tretocephalus.
Mais si on en a marre, c’est que les articles portant sur ces poissons
disent tout le temps la même chose. Or, il y a plein de trucs qui n’ont
jamais été écrits sur ces poissons. Évidemment, si vous passez votre temps
à dire que le tretocephalus
a des rayures verticales, on va vite se lasser. La
bonne recette pour écrire un article, c’est écrire sur un sujet que l’on
ne connaît pas (on a soudain l’embarras du choix). C’est ainsi que je
pratique. Ca me gonfle d’écrire sur un domaine que je pense connaître
car je n’apprends rien et je prends de gros risques. En effet, écrire
sur ce que l’on pense connaître est la meilleure façon de se planter,
de passer à côté de choses très importantes et surtout, de généraliser
un fait à partir d’une seule expérience. C’est comme ça que des aquariophiles
écrivent qu’en milieu naturel, N.
signatus se reproduit dans des coquilles. C’est faux ! Certains
auteurs ne sont pas du tout d'accord sur ce principe et estiment qu'il
est totalement absurde d'écrire sur un poisson qu'on ne maintient pas
depuis plusieurs années. Ils pensent qu'ils doivent avoir fait reproduire
leur couple et les descendants de leur couple pour pouvoir entamer quelques
lignes. Il est vrai qu'un article "bibliographique" ne peut
être qu'une compilation de divers ouvrages et que donc l'expérience de
l'aquariophile n'y a pas sa place. C'est un article purement "technique".
Un article basé sur l'expérience apporte beaucoup plus et il peut avoir
une partie "bibliographique". Bref,
chacun a sa méthode, et toutes sont valables. Lorsque
je décide d’écrire un article sur un sujet, c’est justement parce-que
je ne le connais pas. Et donc, je me mets à la place du lecteur qui veut
apprendre. Et comme je suis exigeant, je me défonce pour mettre dans l’article
tout ce que j’aimerais y trouver si un autre que moi venait à l’écrire.
A partir de là, je vais à la pêche aux informations. Évidemment, je ne
vais pas me lancer sur un sujet où je suis sûr de ne rien trouver (ex :
Commensalisme chez les Benthochromis
– encore que …). Je ne suis pas le seul tordu à procéder de cette manière.
En effet, j’en connais même un (Denis Jeandel pour ne pas le citer) qui
va même jusqu’à acheter ou faire importer une espèce afin de l’étudier
et d’écrire un article. Il y met donc une part d'expérience personnelle,
sinon pourquoi acheter l'espèce. Où
trouver des infos ? Bonne question. La
première source d’information reste évidemment les ouvrages axés sur les
cichlidés écrits par les Konings & Co. Mais un livre n’étant jamais
une bible, il faut veiller à chercher différentes sources, d’où de belles
surprises (sans parler des taxons qui varient). Le pauv’ mec qui se base
sur les bouquins d’Axelrod n’est pas au bout de ses peines…Quoique que
! Les identifications des "Malawi" dans les fameux "Cichlidés
africains des lacs Malawi et Tanganyika ne sont pas aussi farfelues qu'on
le pensait il y a 15 ans. Il
ne faut pas aussi tout prendre pour argent comptant. Ce n’est pas parce
que le dernier bouquin de Konings date de décembre 98 et qu’il vous a
coûté 400 balles que tout ce qui est écrit est vrai. A chaque jour sa
vérité ! Et surtout, libre à chacun de ne pas accepter des positions
de Konings qui ne sont souvent que des propositions sans valeur systématique
réelle. Il
y a aussi les publications scientifiques. C’est génial à lire à condition
d’être timbré (comme moi). C’est en anglais, difficile à trouver, trop
cher si on veut s’abonner. Reste à passer quelques journées dans les muséums
avec une bourriche de pièce de 1F pour la photocopieuse (mon dernier séjour
m’a coûté 400 balles et faut que j’y retourne…). Il y a aussi des livres
scientifiques (700 balles minimum et à commander à l’étranger). Le pied
! Et tout ça, pourquoi faire ? Pour investir dans des classeurs,
ranger le tout en se demandant quand on aura le temps de lire tous ces
trucs imbitables. Mais comme on n'a rien sans rien, faut s’y mettre (la
plage est le top pour ça, même si l’autre cacou avec sa planche de surf
vous regarde d’un air apitoyé). P. s’est même tapé cet été "Les poissons
des eaux continentales africaines" publié par l'ex Orstom. C'est
super mais ce n'est quand même pas un ouvrage de chevet pendant les vacances. Il
y a enfin les informations que peuvent vous donner les copains. Mais les
copains, si c’est pratique pour vous donner un coup de main, il ne faut
pas trop leur en demander. Par exemple, sachez que j’ai horreur des questions
du type « Qu’est ce que tu as comme information sur les Altolamprologus
calvus ? » Ce qui revient à dire « Je voudrais faire
un article et ça serait bien si tu pouvais me l’écrire ». Par contre,
des questions précises du type « j’ai lu dans un livre que patati
patata, t’en penses quoi ? » appellent plus facilement une réponse. Que
faire de ces informations ? En
premier lieu, car à force de piocher des infos à droite et à gauche, on
ne sait plus trop où on en est, on prend un gentil papier et on écrit
tout ce que l’on sait. Pas la peine de se lancer dans la grande littérature,
c’est juste un recueil de notes pour vous. Ensuite,
on se pose, on réfléchit, et on décide ce que l’on va faire de tout ça.
Il y a plusieurs options qui dépendent de votre motivation, du temps que
vous pouvez y passer et de la quantité des informations obtenues. On peut
ainsi faire une fiche technique sur un poisson, un article de fond ou
le récit d’une expérience vécue. La
fiche technique : C’est
tout simple et il n’y a pas besoin d’être un Dieu de la prose pour s’y
coller. Elle doit tenir en 1 ou 2 pages pas plus. Sa structure est assez
marketing du type :
L’avantage, dans
ces fiches, c’est qu’une fois que l’on en a fait une, on a la trame pour
toutes les autres. Après, rien de plus simple que de tout intégrer sous
forme de base de données (une idée à creuser…). Dans ces fiches, ne pas
s’embarquer dans des grandes tirades, rester simple et aller à l’essentiel.
Si vous voulez en dire plus, abandonnez l’idée de la fiche technique et
lancez-vous sur l’article de fond. Il
existe en gros 3 types d’articles de fond :
L’article
de fond est beaucoup plus complexe à écrire. Pour ce faire, il faut vous
rappeler du temps où vous étiez en classe de primaire. On vous disait
alors « Mes chers élèves, combien de fois dois-je vous dire que toute
composition a une introduction, un plan, un développement et une conclusion !!! »
Vous vous souvenez ? Et bien, même en Cichlidophilie, c’est vrai. Ce
type de structure est indispensable pour les articles de fond. Sans cela,
le lecteur va se perdre dans le cheminement de votre pensée (exemple typique
des proses de Totof). Ecrire un article, c’est avoir une certaine forme
de vérité à défendre. Il faut donc séduire le lecteur, l’amener petit
à petit au point crucial de votre article qui est… qui est… votre Valeur
Ajoutée. Et
c’est quoi la valeur ajoutée dans un article sur les poissons ? Ce
n’est certainement pas laisser partir votre imagination dans tous les
sens, mais montrer que vous n’êtes pas un idiot et que vous savez non
seulement écrire, mais comprendre ce que vous avez lu ou observé. Rien
de plus génial que de lire un article où l’auteur avance de nouvelles
théories, où il explique qu’il a observé un comportement différent de
celui décrit dans certains ouvrages, où il reconnaît et explique pourquoi
il ne peut donner telle ou telle information. On peut ainsi terminer un
article en faisant un appel à témoin, c’est généralement très bien vu.
Dire que l’on sait tout sur une espèce est vite barbant et personne ne
voudra vous contredire. Intérêt = 0. On peut aussi comparer les informations
obtenues et lues dans la littérature (un régal). On se doit aussi de synthétiser
cette dernière. Si on ne se plie pas à cette règle essentielle qu’est
la Valeur Ajoutée, l’article se limite donc à un plagiat (ce qui est à
la portée de Monsieur tout le monde…). Y’en a même qui se font du fric
avec cette technique ! Le
problème, avec ces articles de fond, c’est que l’on a du mal à y mettre
un point final (mon cas en l’occurrence). A force de vouloir aller au
fond des choses, on en rajoute, on étale, on creuse, on re-creuse et les
lecteurs attendent. Il faut donc savoir s’arrêter un jour et se dire que
l'on pourra toujours écrire un autre article sur une partie qui a été
insuffisamment développée. Le
type d’article relevant d’une expérience vécue est la tasse de thé de
personnes comme Jean-Yves Dubuisson. Il n’y a pas mieux que lui pour nous
faire une grande tirade sur le comportement de ses poissons dans un petit
200 litres. On a l’impression, en lisant l’article, de s’asseoir à côté
du bac et de boire une bière tout en écoutant l’auteur de l’article nous
expliquer avec bonheur comment ses poissons s’épanouissent. Une
fois l’article rédigé, relu, révisé et tout le tintouin, il est toujours
bon de le faire lire par quelques bons amis, soit qui s’y connaissent
dans le domaine, soit qui sont meilleurs que vous en orthographe, soit
qui n’y connaissent rien. Vous pourrez ainsi éviter de balancer des contres-sens,
des phrases à la « mords-moi le nœud », des mots trop complexes
que le débutant ne comprendra pas, d’éviter des oublis impardonnables
et autres erreurs inexcusables. Et
après ? Ben,
l’article, oui, celui que vous venez péniblement de pondre, qu’allez-vous
en faire ?
On
se heurte alors à un autre problème. En effet, on réalise qu’un même article
devrait être rédigé différemment en fonction du support dans lequel il
est sensé paraître. La population de lecteurs n’est pas la même. Par exemple,
il est bon de rappeler dans un article type Aquarium Magazine ou Aqua
Plaisir ce qu’est l’incubation buccale ou la ponte en T, mais c’est vite
barbant si l’article paraît dans la RFC. De même, il est inutile de dire
dans un article à diffuser sur votre site adoré où se situe le Lac Tanganyika.
Par contre, dans Aquarium à la maison, c’est vital. On
peut donc réaliser plusieurs versions d’un même article si on souhaite
sa diffusion dans différents types de support. C’est un travail assez
délicat car chacune de ces versions doit tenir la route et présenter un
intérêt. Autre
problème rencontré lorsque l’on écrit dans une revue vendue en Kiosque,
c’est que l’article doit intéresser, non seulement celui qui ne sait pas
ce qu’est un cichlidé, mais aussi celui qui croit tout connaître en ce
domaine. Il faut donc jongler. Un exercice qui prend énormément de temps
d’autant que généralement, la revue vous impose un nombre de caractère
assez strict (avec ou sans espaces, tout est précisé). Et
puisque l’on parle de la relation Auteur / Editeur, sachez que votre client
(l’éditeur) a horreur de recevoir plusieurs versions de l’article. Sachez
par exemple que P. reçoit à chaque fois 4 ou 5 versions de mes proses
et que du coup, il ne lit qu’à partir de la 4ème ! (P.
confirme) De mon côté, quand je reçois un article pour le site, je passe
au moins deux heures à le mettre en page. Et lorsque l’on me dit 2 jours
après « Attends Eric, voici une nouvelle version…… » J’explose.
Pour la RFC, c’est pareil. Philippe Burnel passe aussi parfois plusieurs
heures pour corriger fautes d'orthographe, de grammaires, tournures de
phrases et, bien sûr, vérifier s'il n'y a pas d'hérésie "scientifique",
ce qui se limite généralement à une vérification de la taxinomie et autres
répartitions géographiques. Ensuite François Semence passe des heures
sur la mise en page puis Jean-Marie Londiveau relit le tout pour voir
si une erreur ou faute d'orthographe n'est pas passée entre les mailles
du filet, et il y en a encore ! Ai-je
oublié quelque chose ? Ah oui, deux points cruciaux : Quand
on a fini un article, à la fin de celui-ci, on note les références bibliographiques
ou net’istiques. Ca évite aux autres de penser que l’on a tout inventé
ou que l’on est un plagieur né. En
ce qui concerne les photos, si c’est pour la RFC ou une autre revue, ils
ont tous accès à des photothèques, ne vous inquiétez pas trop pour ça.
Si c’est pour Tanganyika Cichlids, je dois avoir environ 10.000 photos
sous jpg. Donc, pas de soucis de ce côté là. Et
pour finir, quelques mots sur le style : Quel que soit le support,
le style d’article ou le thème, faites-vous plaisir et si votre verve
s’y prête, n’hésitez pas à y mettre de l’humour. PS :
Si vous cherchez des idées d’articles qui seraient sympa pour le site,
en voici quelques unes :
Enfin
dites-vous que toute revue dispose d'une équipe rédactionnelle, qu'elle
est là pour corriger vos erreurs éventuelles et, si nécessaire, adapter
ce que vous avez écrit aux lecteurs visés. Il ne faut donc absolument
pas "complexer". Si vous écrivez un article, s'il est mauvais,
il ne sera pas publié, généralement on vous demandera de corriger telle
ou telle chose, de compléter de telle ou telle façon. Mais qui le saura
jamais, à part vous et le rédacteur ? Personne, donc aucune raison de
se priver. Ecrivez, mais surtout n'écrivez pas en vous disant "Je
vais faire un article et gagner X francs". Non, écrivez pour des
revues associatives, des sites web gratuits. Si vous écrivez bien alors,
peut-être que les revues payantes feront appel à vous, un jour, dans un
an ou dans 20 ans. C'est à ce moment la que vous ramasserez les fruits
d'un long travail gratuit. Mes remerciements à P. pour ses commentaires justicieux. |
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