Interview
d'Eric Zeitoun
(30/11/98)

Gérant d'ABYSSE
52, bd Roger Salengro
94450 Champigny sur Marne
Tel: 01 42 83 08 69
Raconte-moi en quelques
mots pourquoi tu as décidé de te lancer professionnellement dans les Cichlidés
(date création ABYSSE, faisais-tu des Cichlidés avant, etc.)
ABYSSE à vu le jour le 23/07/1991. Je faisais des Cichlidés
depuis environ 8 ans et je n’arrivais pas à trouver les poissons tant
recherchés. J’ai donc décidé d’ouvrir mon propre magasin pour pouvoir
proposer en France la même qualité de poissons qu’il y avait en Allemagne
ou aux Pays bas.
Quels étaient les autres
magasins de l'époque qui faisaient du Cichlidé en quasi exclusivité ?
Le village aquatique, Néréa, Le paon bleu, Paramount…
Si ces magasins n'existent
plus, sais-tu pourquoi ?
A mon avis à cause d’une mauvaise gestion.
A l'origine, quels
étaient tes fournisseurs et les premiers contacts avec les exportateurs
directs ont-ils été difficile ?
A l’époque mon unique fournisseur était VERDUIJN CICHLIDS.
Je montais en Hollande tous les Lundi pour chercher des poissons.
Les premiers contact avec les importateurs étaient très difficiles.
En effet, il a fallut 3 ou 4 ans pour pouvoir travailler en direct.
Les relations avec
ces importateurs sont-ils rendus difficile par les conflits dans la zone
des grands lacs ?
C’est vrai pour le Burundi et le Congo (ex ZaÏre) mais pour
le reste il n’y a pas de problèmes . Le gros problème est que les importateurs
ont peur de travailler avec les Français car ils ont peur de ne pas se
faire payer. D’ailleurs encore aujourd’hui on paye d’avance.
Lorsque tu reçois des
poissons de ces régions, combien de temps dure le voyage dans sa totalité
(de bac à bac).
Le voyage dure entre 24 et 36 heures.
Les poissons sont-ils
anesthésiés pour le transport ? Y a-t-il souvent de la casse ?
Bien sur les poissons sont anesthésiés pendant le transport,
cela évite qu’ils se bagarrent et se tuent. La casse est assez rare :
en moyenne entre 2 et 3 %.
En Tanganyika, quel
est à ton avis l'exportateur qui apporte le plus de soin à ses poissons
?
African diving et Fishes of Burundi mais ce dernier n’exporte
plus que des poissons d’élevage et ses souches commencent à fatiguer.
Lorsque tu reçois des
poissons sauvages, effectues-tu une quarantaine ou un traitement spécifique
?
Bien sur, aussi bien avec des poissons sauvages que d’élevage
le minimum légal de quarantaine est de 48 h. Mais le plus souvent on les
garde environ 8 jours. Nous traitons tous les poissons qui arrivent avec
de la Tetracichline contre les lésions externes et du DMZ (dimetridazole
) contre les parasites internes.
Chez ABYSSE, tu as
quelques bacs consacrés aux poissons d'ornement classiques. Est-ce une
part significative de ton C.A ?
Non cela correspond à environ 5 % des ventes. C’est surtout
pour les gens du quartier qui sont bien content que je ne vende pas que
des cichlidés.
Depuis 1 an, tu sembles
présenter de plus en plus de locaridés. Est-ce la même clientèle que pour
celle des Cichlidés ou est-ce un nouveau marché avec de nouveaux clients
?
Les loricaridés sont des poissons très intéressants. Ils peuvent
convenir dans pratiquement tous types d’aquarium et en plus les nouvelles
espèces qui sont importés sont le plus souvent très colorés.
La vente des livres
est t-elle intéressante financièrement ou estimes tu plus qu'elle joue
un rôle promoteur (image de marque et notoriété) ?
C’est sûr que la vente
de livre amène un plus ( notoriété, etc… ). Elle est également intéressante
financièrement car même si la marge n’est pas énorme , les livres sont
faciles à stocker et ils ne risquent pas de mourir à la moindre montée
de nitrite !
As-tu pu observer une
différence entre la clientèle Tanganyika et celle du Malawi ?
Évidement, les cichlidophiles « Malawi » ont en général
un panier plus petit que ceux du « Tanganyika ». Disons pour
résumer que les poissons sauvages du Tanganyika sont généralement plus
cher que les poissons sauvages du Malawi. Ils sont également plus sensibles
( j’utilise le mot sensible car je n’aime pas le mot « fragile »
qui ne veut pas dire grand chose).
Au niveau européen,
comment sens-tu le marché français (sommes-nous en retard par rapport
au marché de l'Europe du nord) ?
Le marché français a à peu près 5 ans de retard par rapport
au marché allemand ou hollandais. Par exemple, sais-tu que je connais
un grossiste en Allemagne qui fait rentrer 50 caisses de poissons par
semaine (par comparaison nous en faisons rentrer en saison environ 30
par semaine pour la même surface de vente). Les mbunas ne sont pas très
appréciés dans ces pays là ? Ils préfèrent et de loin les « Haplo »
du Malawi ou les sabullicoles du Tanganyika.
Les boutiques dans
ces pays nordiques ont-elles plus de facilité que toi pour importer des
poissons rares ? Si oui, pourquoi ?
Oui car les importateurs savent qu’ils seront payés rubis sur
l’ongle. D’ailleurs Stuart GRANT me disait, l’année dernière, lors de
mon voyage au Malawi que les poissons rares qu’il arrivait à collecter,
il les gardait pour les allemands parce qu’ils payent bien et sans se
préoccuper du prix.
Fais-tu des importations
groupées avec d'autres boutiques ou as-tu un rôle de revendeur auprès
de ces dernières ?
Effectivement nous sommes grossiste et également « Transshipper »,
c’est à dire que nous pouvons vendre directement les caisses de poissons
sans les ouvrir. L’avantage pour les boutiques, c’est qu'elles payent
les poissons moins cher, mais elles doivent faire l’acclimatation avec
tous ce que ça comprend de formalité.
Toi qui as l'habitude
de voir du sauvage, trouves-tu des différences anatomiques importantes
avec les sujets d'élevage dès les premières générations ?
Non, pas sur les 1ères générations. Sauf bien sur, chez les
poissons à grosses lèvres qui les perdent à la 1ère repro.
Trouve-t-on encore
à importer des Cichlidés courants comme des brichardi pour trouver des
souches valables (et pas des F1500 aux bourses) ?
Oui, les Neolamprologus Brichardi sont encore importés en sauvage
par Fishes of Burundi. Je crois même que ce sont les seuls poissons qu’ils
exportent encore en sauvage car ils sont facile à pécher. D’autres Brichardi
sont aussi importés de Tanzanie par African Diving .
Sur un plan personnel,
quels Cichlidés du Tanganyika n'as tu pas réussi à reproduire (en dehors
de Benthochromis tricoti) et sais-tu pourquoi ?
Le Benthochromis tricoti est un poisson difficile à reproduire,
à mon avis car ils sont remontés trop rapidement en surface. La vessie
natatoire gonfle par la pression et écrase les organes génitaux situés
à proximité. Mis à part les Bentho. Je n’ai pas souvenir d’un poisson
aussi difficile à reproduire.
Personnellement, ton
intérêt est plus basé sur les Cichlidés de quelle origine ?
Pour moi les cichlidés du Tanganyika sont les plus merveilleux
de tous. Malheureusement, les clients ont généralement des aquariums trop
petits ou pas assez équipés pour ce style de poissons.
Tu es déjà allé plusieurs
fois au Malawi, pourquoi jamais au Tanganyika ? Est-ce prévu ?
J’aimerai énormément aller au Tanganyika, mais c’est encore
trop dangereux pour l’instant ( Burundi et Zaire sont encore plus ou moins
en guerre ).
Dans ton magasin, prends-tu
des précautions au niveau de l'eau et sinon, quelles sont ses caractéristiques
(plusieurs cichlidophiles dans l'Est de Paris ont eut de gros problèmes
avec l'eau cette année) ?
L’antichlore est indispensable. Et si possible faire passer
l’eau neuve sur charbon actif.
Considères-tu les bourses
et l'AFC en général comme une concurrence importante (idem pour les cichlidophiles
qui produisent en nombre chez eux) ou un mal nécessaire (et somme toute
sympathique) ?
Non, bien au contraire : il faut des gens qui reproduisent
les cichlidés car cela amène d’autres gens à notre passion.
Comment sens-tu la
tendance des prochaines années (Type de poisson, augmentation ou réduction
de la clientèle) ?
Le marché français est en pleine expansion. Pour tout dire,
nous avons augmenté notre chiffre d ‘affaire de 15% cette année.
Depuis que tu t'es
mis à internet, y trouves-tu à intérêt (ludiquement et professionnellement)
?
Professionnellement c’est très intéressant car African Diving
et Stuart Grant ne travaillent plus que comme ça. Par exemple, si Grant
veut m’envoyer un stocklist par fax (4 pages), avec les loupés et les
ratages du fax sur le Malawi, cela peut lui coûter environ 200 Frs, uniquement
pour un stocklist ! ! ! Alors que par le net c’est pour
ainsi dire gratuit.
Si tu avais un rêve
(dans le domaine de l'aquariophilie), quel serait-il ?
Que la qualité de l’eau de conduite redevienne potable partout
et surtout potable pour nos aquariums sans pesticides et autres résidus.
Et si c'était à refaire,
....... ?
Je le referai sans hésiter une seconde, mais là j’essaierai
de prévoir un local plus grand pour pouvoir avoir un choix plus important
encore.