Du Tanganyika dans un 240 litres
(Le retour)

Par Jean-Yves Dubuisson

 

INTRODUCTION

En Février dernier, je vous avais exposé comment on pouvait réussir une configuration Tanganyika avec un bac de taille moyenne (article " Maintien d’un bac de taille moyenne : un difficile compromis entre le petit bac spécifique et le grand bac d’ensemble "). Le but de cet article était de rassurer et de ne pas décourager tous les tanganyikophiles potentiels qui n'ont pas les moyens et/ou la place de s'installer le 500 litres minimum préconisé par nos "professionnels" de la Cichlidophilie et qui souhaitaient ne pas élever que du multifasciatus et autres similis dans des 50 litres. La configuration qui s'est maintenue avec succès se proposait de reconstituer un petit environnement rocheux à intermédiaire où cohabitaient un banc de Paracyprichromis nigripinnis et quelques pétricoles comme des Julidochromis, des Neolamprologus leleupi et caudopunctatus et Altolamprologus calvus. Tout aquariophile passionné qui se respecte aime le changement qui va de la prolifération des bacs de toutes tailles, du remplacement du bac d'ensemble par un plus gros, de l'acquisition de nouvelles espèces plus "extraordinaires", voire de la recherche d'un logement au rez de chaussée pour installer un 1100 litres. Mais on peut également vouloir changer la configuration "écologique" et donc populationnelle d'un même bac de départ. L'idéal est d'avoir plusieurs bacs reconstituant chacun un biotope mais comme cela est exposé précédemment, ce n'est pas toujours faisable d'un point de vue financier ou pour un problème de surface disponible. Désireux de délaisser un peu les pétricoles, je me suis donc lancé dans les sabulicoles. Je vous propose donc de partager mon expérience qui vous montrera que l'on peut faire plus d'une chose avec un 240 litres.

 

LE BAC

Le bac est le même que celui du premier article (c'est le but du propos). Je rappelle néanmoins ses caractéristiques pour ceux qui seraient un peu feignants de la souris : 120x40x60 avec une hauteur réelle en eau de 50 cm, ce qui donne un volume brut de 240 litres (auquel il faudra retirer bien entendu le volume du filtre qui est une cuve à décantation interne, du sol et du décor) et une surface au sol de 0,48 m2.

 

LE DECOR

C'est ce qui a principalement changé (en dehors des poissons) en comparaison de la configuration première. Il fallait passer d'un décor majoritairement rocheux avec peu de surface libre au sol (et néanmoins un volume d'eau libre important pour les Paracyprichromis) à un décor à surface sableuse étendue et quelques roches. Plus de 25 kg d'ardoises et galets divers ont été retirés, ce qui est avantageux au niveau du poids du bac et qui laisse également présager aussi bien un entretien que des aménagements, voire des pêches plus faciles. Le gravier grossier initial (qui n'était pas en soi une excellente idée) a été remplacé par du sable fin clair de quartz, mélangé à du sable de corail. Un minimum d'ardoises et de galets a été conservé afin de reconstituer un milieu dit intermédiaire, d'apporter une touche esthétique indispensable et de donner aux poissons des repères visuels pour les territoires, voire de permettre aux dominés d'échapper à l'agressivité des dominants. Une petite zone avec des coquilles d'escargots vides a également été aménagée pour héberger de futurs petits conchylicoles (voir Figure).

 

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Légende de la Figure :

En haut, bac vue de face : les pierres et plantes sont figurées (voir texte pour détails).

En bas, bac vue du haut : les ellipses plus ou moins étroites de couleur plus foncée représentent les grandes ardoises et les gros galets. A gauche est représentée la cuve a décantation, l'emplacement de la pompe (P) et les tuyaux de rejets avec le venturi (V) sont également figurés. Des flèches bleues indiquent l'aspiration, le trajet de l'eau dans le filtre et la localisation du rejet de celle-ci.

Les chiffres correspondent à : (1) roche de lave avec Anubias barteri var. nana ; (2) pied de Cryptocoryne apogonetifolia ; (3) massif de Microsorium pteropus ; (4) Ceratophyllum demersum ; (5) "antre" diurne du Peckoltia avec bout de racine pour sa digestion (les Loricaridae ont besoin de grignoter de la lignine) et abri éventuel pour Xenotilapia dominés ; (6) zone de plage adoptée par le couple de Xenotilapia (voir texte) et (7) champ de coquilles d'escargots pour futurs conchylicoles.

 

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Vue d'ensemble du bac avec flash externe 
et en haut à droite avec éclairage aquarium

EQUIPEMENTS ET DIVERS

Pour la filtration et les équipements divers, voir le premier article. Le néon DENNERLE TROCAL African Lake type 5085 de 30 watts a été remplacé par un TRITON de même puissance. Il s'est avéré que le premier accentue bien les jaunes mais "néglige" les bleus tandis que le TRITON si il est disposé préférentiellement sur l'avant du bac procure un rendu excellent de toutes les couleurs des poissons et en particulier des iridescences. De plus sa position avancée renforce artificiellement l'effet de profondeur du bac en laissant l'arrière de celui-ci dans une légère pénombre.

Pour un souci esthétique (et la lutte contre les algues en particulier via le Ceratophyllum!!), les plantes de la première configuration ont été conservées. L'intérêt des Microsorium, Anubias et autres Ceratophyllum est que l'on peut les déplacer facilement car elles ne sont pas fixées définitivement dans le sol, ce qui est pratique quand on change un décor. A ces trois premières espèces, a été ajouté un pied de Cryptocoryne apogonetifolia qui s'intègre très bien dans un décor à dominante sableuse (pied aimablement offert par un certain E. G.) (voir Figure pour la localisation des plantes).

Comme observé avec la première configuration : le bac est également habité par quelques invertébrés comme des Planorbes, escargots mélanoïdes et autres animalcules (il n'y avait pas de raison qu'ils déménagent).

 

EAU

Comme pour la première configuration (l'immeuble qui héberge l'aquarium n'ayant pas subi de téléportation), l’eau est de l’eau de conduite (Boulogne Billancourt, 92) conditionnée avec SERA AQUTAN. La température est maintenue (thermoplongeur de 200 W) a 25-26°C et une bonne oxygénation est assurée par le venturi.

Le pH est de 8-8.5 et la dureté totale de 20-30 THf. Les nitrates n’ont jamais été mesurées (les mesures sont recommandées néanmoins) et les nitrites sont indécelables.

15 à 30 % de l’eau sont changés tous les 10-15 jours.

 

POPULATION PISCICOLE

La configuration initiale n'a pas toujours abrité des Paracyprichromis, ces derniers ont été remplacés (ils seraient à l'heure où j'écris cet article chez un certain C. fana de blue neons, non sans avoir transité par un 1100 litres de la région parisienne (voir photothèque) en y laissant quelques progénitures) d'abord par du Cyprichromis sp leptosoma Jumbo Kitumba, eux même remplacés par un banc de 13 Cyprichromis leptosoma Utinta Fluo du Cap Mpimbwe (voir article sur le site " Cyprichromis leptosoma "Utinta fluorescent" du Cap Mpimbwe : l'autre voleur de couleurs"), soit 6 mâles et 7 femelles.

On a donc sélectionné une combinaison de poissons de pleine eau (les Cyprichromis) associés avec des petits sabulicoles :

- 13 Cyprichromis leptosoma Utinta + 1 juvénile (F1) survivant de plus de 2 semaines (à la date où j'écris cet article)

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Cyprichromis leptosoma
Utinta Fluo Cap Mpimbwe mâle 
(la couleur orange de la caudale n'est pas trafiquée 
et correspond bien à la teinte rencontrée chez l'Utinta, 
l'usage de flash puissant ou la correction de l'exposition 
lors de la numérisation a tendance à délaver 
la couleur, voir les autres photos)

- 5 Xenotilapia flavipinnis de Rumonge (Burundi)

Cette variété semble intermédiaire entre la forme Magara et la forme Nyanza Lac, elle n'a pas la bouche et les joues jaunes prononcées de Nyanza Lac, mais les nageoires restent très colorées et il y a une marque noire bordée d'iridescences bleutées bien distincte sur l'opercule (pas toujours bien visible sur les photos à cause du flash qui l'atténue).

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Xenotilapia flavipinnis
Rumonge

- 1 Eretmodus sp. cyanosticus "North" (la femelle de la première configuration dont je ne me suis pas résolu a me séparer)

- le Peckoltia (Loricaridae) alguivore et "éboueur" de service

Des petits conchylicoles (N. multifasciatus ou similis ou autres) sont attendus.

Les poissons sont nourris deux fois par jour avec de la nourriture séchée DENNERLE YADY flocons pour Cichlidés et YADY flocons verts (à la spiruline, pour l'Eretmodus), par des Artemia congélées ou lyophilisées (DENNERLE) et tous les 3-4 jours avec des Artemia vivantes.

 

COMPORTEMENTS

Les Cyprichromis Utinta

Comme cela est expliqué dans l'article qui leur est consacré, ce ne sont pas des Cypris particulièrement paisibles. Les mâles sont assez virulents. Néanmoins il n'y a plus comme auparavant un seul dominant tyrannisant tout le bac, et les mâles partagent approximativement (effet de promiscuité) un même volume d'eau et définissent des petits micro-territoires, hormis un individu qui s'est néanmoins approprié tout le tiers droit de l'aquarium. Les femelles restent relativement groupées et slaloment plus ou moins entre les micro-territoires des mâles.

 

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Banc mixte de Cyprichromis leptosoma Utinta Fluo 
Cap Mpimbwe

Il faut noter que les mâles sont constamment en parade, soit pour éloigner les concurrents (ce qui entraîne parfois d'impressionnantes mais courtes bagarres mais heureusement aucune blessure grave n'a encore été constatée), soit pour attirer les femelles gravides. Les femelles incubent régulièrement chacune pendant 4 à 5 semaines, incubations successives entrecoupées de pauses de 2 à 3 semaines, le temps de se refaire une santé, pendant lesquelles elles sont très voraces (ce qui est compréhensible quand on a jeûné pendant près de 30 jours). Il y a eu jusqu'à 6 femelles incubant simultanément.

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femelles incubantes Cyprichromis leptosoma 
Utinta Fluo Cap Mpimbwe et mâle dominant

Très souvent, les alevins sont relâchés trop tard, à cause de la promiscuité et du stress et les alevins trop faibles ne survivent pas dans le bac (où il y avait aussi auparavant quelques prédateurs comme le calvus). Une grosse femelle a été isolée (grâce à un certain Totof habitué du forum) lors du changement de décor, ce qui a permis de récupérer 23 alevins (!). Après deux semaines, un alevin est mort, un autre s'est enfui de l'isoloir, survit dans le bac d'ensemble et les 21 restants grandissent (gavés aux nauplies d'artemias) dans un 30 litres. A suivre donc...

 

Les Xenotilapia

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Groupe de Xenotilapia flavipinnis Rumonge

Un couple s'est formé aussitôt l'introduction du banc dans le bac, qui repousse les 3 autres dans les coins de l'aquarium. Les individus solitaires ne sont pas du tout tolérés là où le couple s'aventure et ils ne se font pas non plus de cadeaux entre eux. Les cinq individus se réunissent et s'"acceptent" très provisoirement lors du nourrissage, pendant lequel, de toutes façons, il n'y a plus de hiérarchie mais un unique banc de "Xenocypris" voraces. Il semble que le comportement de ces flavipinnis rejoigne celui du X. papilio tel que détaillé dans l'article de Vincent Bricotte sur le site. Le couple s'aventure préférentiellement sur la partie sableuse la plus étendue dans la partie droite du bac (notée (6) sur la Figure), juste sous le territoire du Cypri dominant, en passant leur temps à filtrer le sable comme tout Xenotilapia qui se respecte.

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Couple de Xenotilapia flavipinnis Rumonge filtrant le sable

Le Cypri dominant les chasse assez souvent de la zone sableuse, ce qui peut expliquer qu'aucune velléité de reproduction n'a encore été observée. Néanmoins les Xeno sont depuis peu dans l'aquarium tandis que les Cypris ont eu le temps de s'approprier les lieux depuis maintenant 11 mois. On ne peut donc pas écarter la possibilité que le couple avec le temps et le désir de reproduction impose à terme sa loi sur la plage de sable en question. A suivre donc...

 

Eretmodus et Peckoltia

Rien de particulier à signaler. Le Peckoltia vaquant à ses occupations (généralement nocturnes) habituelles et la femelle Eretmodus continuant à incuber en solitaire de temps en temps.

 

ENSEIGNEMENTS

Cette expérience, encore jeune, du maintien de petits sabulicoles dans un bac de taille moyenne laisse présager que la configuration est viable. La cohabitation entre les Cyprichromis de pleine eau et les Xenotilapia sabulicoles devrait à terme mieux s'harmoniser car les deux espèces n'ont en théorie pas de comportement ou de niches qui se chevauchent. La reproduction des Cyprichromis se réalise sans gros problème (l'élevage des jeunes nécessitant cependant que les femelles et les alevins soient isolés, mais le retrait des gros prédateurs pourraient laisser à penser qu'il puisse y avoir plus de survivants dans le bac d'ensemble à l'avenir), celle des Xenotilapia est attendue. Par contre, on ne peut prévoir le comportement du couple quand ils se décideront à pondre et à incuber. Les observations sur le papilio indiquent que les couples en période de reproduction impose une grosse pression sur les autres habitants du bac. Il faudra donc vérifier si il en est de même pour le flavipinnis.

L'intérêt d'un tel changement (décor et population) s'est avéré a posteriori avant tout esthétique. Un décor rocheux chargé dans un petit bac ou un bac de taille moyenne, sous-estime le volume réel et empêche les Cypris et apparentés de bien s'épanouir. Les grandes surfaces de sable clair, les roches disposées sur les cotés, débordant un peu sur l'arrière agrandissent le bac et lui donne de ce fait indéniablement plus de volume. Et on ne se lasse pas du spectacle d'un banc de Cyprichromis évoluant dans un beau volume d'eau libre et de petits Xenotilapia inspectant chaque recoin de sable.

Je déconseillerais pour ce type de configuration d'ajouter des petits pétricoles, type Julis ou Lamprologues de petite taille car il pourrait y avoir conflits en limite de territoire à l'interface des roches et du sable avec les Xenotilapia. Je déconseillerais aussi pour ce volume de plus gros sabulicoles comme des Ophtalmotilapia et des Cyatopharynx. La cohabitation avec des petits conchylicoles serait possible et est prévue.

 

En résumé, on peut faire plus d'une configuration avec un 240 litres :

Un bac a dominante rocheuse avec un bon volume d'eau libre pour Paracyprichromis et petits Lamprologues ou Julis bien colorés.

Un bac à dominante sableuse et quelques ardoises et galets avec Cyprichromis (Jumbo néanmoins déconseillés) voire Paracyprichromis (mais ca risque de manquer de couleurs), petits Xenotilapia (1 couple + éventuellement 1 ou 2 individus supplémentaires) et petits conchylicoles

Les flavipinnis pourraient être remplacés par de l'ochrogenys, bien plus coloré et aussi plus sabulicole. J'attends de prendre connaissance des expériences de collègues avec ce poisson.

Vous pouvez également tenté le gros Lepidiolamprologus solitaire, mais cela n'aura aucun intérêt si ce n'est de réguler la population de Guppys et Platys du bac d'ensemble du fiston en nourrissant avec cette friture l'unique locataire de votre bac Tanga.

 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle